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	<title>Conseil québécois du patrimoine vivant</title>
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	<description>Le Conseil québécois du patrimoine vivant est l’organisme de regroupement national dans le domaine de la sauvegarde, la promotion et la transmission des arts et savoir-faire traditionnels.</description>
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		<title>Transcription des tables rondes</title>
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		<pubDate>Wed, 02 May 2012 17:44:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Bulletin]]></category>
		<category><![CDATA[Documents]]></category>
		<category><![CDATA[Publications du CQPV]]></category>
		<category><![CDATA[Tables rondes]]></category>

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		<description><![CDATA[Le contenu des panels tenus en avril 2011 lors du colloque sur "Les mesures de soutien au patrimoine immatériel: gouvernements, institution et municipalités" est désormais accessible en ligne.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://patrimoinevivant.qc.ca/wp-content/uploads/2012/05/Signature-CQPV-4C-F.jpg"><img class="alignnone  wp-image-2260" title="Signature CQPV 4C F" src="http://patrimoinevivant.qc.ca/wp-content/uploads/2012/05/Signature-CQPV-4C-F-300x300.jpg" alt="" width="210" height="210" /></a></p>
<p>Les panels tenus en avril 2011 lors du colloque international sur <em>Les mesures de soutien au patrimoine immatériel: gouvernements, institution et municipalités</em> sont maintenant accessibles en ligne:</p>
<p><strong><a href="http://patrimoinevivant.qc.ca/2012/05/table-ronde-sur-leducation/">1. Éducation formelle et traditions orales: quelles possibilités, quelles méthodes et quel intérêt?</a><a href="http://patrimoinevivant.qc.ca/2012/05/table-ronde-municipalites/"><br />
2. Les municipalités, vers quel soutien au patrimoine immatériel?</a><a href="http://patrimoinevivant.qc.ca/2012/05/table-ronde-ethnologie/"><br />
3. Le rôle de la recherche ethnologique dans la vitalisation de la culture traditionnelle</a></strong></p>
<p>L&#8217;allocution finale du président du CQPV, M. Normand Legault, est également disponible:</p>
<p><a href="http://patrimoinevivant.qc.ca/2012/05/colloque-cqpv-2011-mot-de-la-fin-par-le-president-du-cqpv/">Mot de la fin</a></p>
<p>Le livre <em>Les mesures de soutien au patrimoine immatériel</em> sortira par ailleurs dans le courant du mois de mai 2012 et comprendra des articles inspirés des conférences tenues lors dudit événement.</p>
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		<title>Colloque CQPV 2011: Mot de la fin par le président du CQPV</title>
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		<pubDate>Wed, 02 May 2012 17:18:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Documents]]></category>

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		<description><![CDATA[Allocution finale du colloque sur Les mesures de soutien au patrimoine immatériel: gouvernements, institutions et municipalités 17 avril 2011 Par Normand LEGAULT, président du conseil d&#8217;administration du Conseil québécois du patrimoine vivant Chers amis, Le Colloque tire à sa fin. Nous avons vécu trois jours fructueux de rencontres, de réflexions et d’émotions. Je tiens à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://patrimoinevivant.qc.ca/wp-content/uploads/2012/05/NormandLegault.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-2244" title="NormandLegault" src="http://patrimoinevivant.qc.ca/wp-content/uploads/2012/05/NormandLegault-224x300.jpg" alt="" width="224" height="300" /></a></p>
<p><strong>Allocution finale du colloque sur <em>Les mesures de soutien au patrimoine immatériel: gouvernements, institutions et municipalités</em></strong><br />
<strong>17 avril 2011</strong><br />
<strong>Par Normand LEGAULT, président du conseil d&#8217;administration du Conseil québécois du patrimoine vivant</strong></p>
<p>Chers amis,</p>
<p>Le Colloque tire à sa fin. Nous avons vécu trois jours fructueux de rencontres, de réflexions et d’émotions. Je tiens à souligner la grande qualité et la générosité des échanges qui se sont déroulés durant ces trois jours. Nous les avons tous en mémoire, il faut les sauvegarder.</p>
<p>Les conférenciers nous ont ouvert une porte sur leur monde. On a pu se rendre compte de la complexité et de l’étendue des interventions qui restent à faire. Les ressources sont immenses et positives. L’intérêt de poursuivre le travail est mieux éclairé. Ce qui ressort déjà c’est la mobilisation des organismes et des individus du milieu à travailler ensemble, à travailler de concert avec les municipalités et les différents paliers de gouvernement. Il faut aussi apprendre à bien articuler son discours, à bien cibler ses intentions.</p>
<p>Les communautés ont aussi à se prendre en main, à créer les outils, à accroître leur présence pour la mise en valeur du patrimoine immatériel, du patrimoine vivant. Et le coffre d’outil est plein! Il est plein de la richesse des valeurs qu’il faut continuer à défendre!</p>
<p>Je tiens à remercier Mme la Ministre Christine Saint-Pierre, présidente d’honneur, M. Koïchiro Matsuura, conférencier d’honneur, merci aux conférenciers, aux panélistes et aux participants. Des activités et des initiatives comme la tenue de ce colloque, il en faut encore.</p>
<p><em>Dear friends,</em></p>
<p><em>Many thanks to the lecturers, the round tables participants and the people from the audience. Activities and initiatives such as this Internationl Conference are really positive and needed. We hope to see you again so that we can continue our sharing of knowledge and knowhow!</em></p>
<p>Merci à nos commanditaires qui ont fourni un soutien financier à l’événement :</p>
<p>• L’UNESCO, Secteur de la culture<br />
• Le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec<br />
• Le ministère des Relations internationales<br />
• Le ministère du Développement Économique, de l’Innovation et de l’Exportation<br />
• La Ville de Québec<br />
• La Commission canadienne pour l’UNESCO<br />
• La caisse d’économie solidaire Desjardins</p>
<p>Je tiens également à remercier l’équipe de réalisation du Colloque M Antoine Gauthier, Directeur général du Conseil québécois du patrimoine vivant, Mme Cæcilia Alexandre, stagiaire à la coordination. Je remercie les membres du conseil d’administration pour leur travail soutenu aux activités du CQPV, je remercie les membres du comité conseil du Colloque, je remercie également Mme Yvette Michelin, artisane des cadeaux protocolaires, le conférencier M. Jean Du Berger, les musiciens M. Stéphane Landry et M. Paul marchand, la photographe Mme Danièle Giguère, le documentariste M. Thomas Alexandre, les techniciens M. Louis-Simon Lemieux et M. Marc Saint-Jacques ainsi que tous les bénévoles.</p>
<p>Un grand merci à tous,</p>
<p><em><strong>Le président du Conseil québécois du patrimoine vivant</strong></em></p>
<p><em><strong>M. Normand Legault</strong></em></p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Table ronde éducation</title>
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		<pubDate>Wed, 02 May 2012 17:17:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Documents]]></category>
		<category><![CDATA[Tables rondes]]></category>

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		<description><![CDATA[Éducation formelle et traditions orales: quelles possibilités, quelles méthodes et quel intérêt? Table ronde tenue dans le cadre du colloque international sur Les Mesures de soutien au patrimoine immatériel 15 avril 2011 Panélistes: Carole BAILLARGEON, directrice générale de la Maison des métiers d’arts de Québec Maria Cecilia LONDRES FONSECA, conseillère à l’Iphan, gouvernement brésilien Gilles [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Éducation formelle et traditions orales: quelles possibilités, quelles méthodes et quel intérêt?</h3>
<p><em><strong>Table ronde tenue dans le cadre du colloque international sur Les Mesures de soutien au patrimoine immatériel</strong></em><br />
<em> <strong>15 avril 2011</strong></em></p>
<p>Panélistes:</p>
<p>Carole BAILLARGEON, directrice générale de la Maison des métiers d’arts de Québec<br />
Maria Cecilia LONDRES FONSECA, conseillère à l’Iphan, gouvernement brésilien<br />
Gilles GARAND, président de la Société pour la promotion de la danse traditionnelle québécoise &amp; directeur de l’École des arts de la veillée<br />
Jean-Pierre JOYAL, professeur de musique, cégep de Drummondville<br />
Jacques PETTIGREW, représentant de la Direction des services à l’enseignement du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport</p>
<p><strong>Carole Baillargeon</strong> : Bonjour! Je suis ici pour vous présenter le modèle des écoles ateliers du programme des métiers d’art au Québec. Cette année en 2011, c’est la 20e cohorte de diplômés qui va sortir des écoles ateliers. C’est un diplôme d’études collégiales professionnelles. C’est un programme de trois années qui est possible grâce à un apport financier du ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport, du ministère de la Culture, de la Communication et de la Condition féminine, de la Société des entreprises de développement culturel (la SODEC) et une partie d’auto-financement des écoles ateliers. Il faut aussi souligner l’engagement du personnel qui accepte des conditions salariales nettement sous le barème du secteur public. En tout, c’est 14 écoles ateliers que compte le Québec. Ces écoles sont privées, mais travaillent en partenariat avec deux cégeps désignés : le Cégep Limoilou pour l’est du Québec et le Cégep du Vieux-Montréal pour l’ouest. Elles offrent neuf champs disciplinaires que sont la céramique, l’ébénisterie, la lutherie, la maroquinerie, le verre, l’impression textile, la construction textile, la sculpture, la joaillerie et, de façon occasionnelle, il y a aussi un programme de reliure. La Maison des métiers d’art de Québec, l’organisme que je représente, est le résultat de la fusion de trois écoles ateliers en céramique, en construction textile, en sculpture et, comme je le disais, parfois en reliure. En ce qui concerne les caractéristiques qui modèlent les écoles ateliers, on peut dire que ce sont des groupes de petites tailles, environ 12 élèves. 12 élèves est souvent le nombre en première année et le groupe se réduit au fur et à mesure, pouvant aller jusqu’à quatre élèves, parfois moins, dans un groupe. La formation est donc très personnalisée. C’est aussi une formation technique qui est transmise par des artisans qui ont une pratique professionnelle. Ces artisans ont entre cinq et 30 ans d’expérience avec des parcours professionnels très divers. Ils peuvent être des fils ou petits-fils d’artisans. On a des gens qui sont autodidactes, des gens qui ont un DEC, un bacc ou une maîtrise. Il y en a qui ont bricolé leur formation sur mesure avec des stages en Europe ou aux États-Unis. Il faut également mentionner que les enseignants n’enseignent que ce dans quoi ils sont spécialisés. Ainsi, le forgeron n’enseignera pas le bois, etc. Un tourneur en céramique n’enseignera pas le façonnage s’il ne maîtrise pas cette technique-là. C’est une formation de trois ans. Il y a trois cycles d’apprentissage : le premier cycle dure deux ans et vise l’acquisition d’une autonomie relative en technique. On dit relative en comparaison avec ceux qui ont 10 ou 20 ans d’expérience. Par exemple, après 2 ans on est très supérieur à la moyenne et assez professionnel mais on ne maîtrise pas tout encore. Le deuxième cycle se fait à la cinquième session et vise l’intégration des savoirs techniques de gestion de création. Le troisième et dernier cycle se retrouve à la sixième session et vise l’appropriation d’une sensibilité professionnelle afin de former un profil de travailleur autonome. Durant le premier cycle, l’emphase est mise sur l’édification du savoir-faire de base. On va donc surtout prioriser le travail avec les outils manuels. Durant la deuxième année, les savoirs se complexifient graduellement et alors on entre les machines-outils. Par exemple, en tissage, on aborde d’abord les métiers à tisser simples et ensuite, la deuxième année, les métiers à tisser informatisés. Durant cette deuxième année, on fait un mélange entre le savoir-faire traditionnel et les nouvelles technologies qui sont très présentes, surtout en textile. Ainsi, l’artisan d’aujourd’hui est porteur des savoir-faire traditionnels, mais doit les conjuguer à des techniques contemporaines. À titre d’exemple – vous êtes assez loin – mais j’ai apporté une réalisation de Valérie Bédard en tissage sur laquelle on peut voir la catalogne traditionnelle mixée avec le métier Jacquard hautement informatisé, puisque c’est un métier industriel. C’est donc un exemple de mixage qui peut se faire. De plus, à la Maison des métiers d’art, où on a trois disciplines, il y a beaucoup de métissage entre les disciplines qui peuvent finalement se rencontrer. Après les études, la majorité des écoles ateliers offrent également une aide en entreprise qui peut durer jusqu’à deux ans. Ça, c’est sur une base volontaire. Les artisans, les finissants et diplômés qui le souhaitent ont accès aux écoles ateliers gratuitement, mais doivent avoir un projet d’entreprise. Cette structure aide beaucoup et il y a de l’encadrement. Par ailleurs, les écoles ateliers ont un mandat de recherche et développement. Les écoles produisent donc des expositions. Elles peuvent éditer des livres ou des catalogues. Elles ont des comités de recherche sur des techniques précises. Ces développements liés aux savoirs sont mis à la disposition des artisans qui sont intéressés. Les écoles ateliers ont également comme mandat de programmer des perfectionnements pour des artisans chevronnés, pour les professionnels. C’est ainsi qu’on organise des classes de maîtres dans un secteur ou une spécialité. Les écoles ateliers offrent aussi des cours de loisir. C’est notre partie d’auto-financement. C’est intéressant parce que ça permet au grand public d’apprécier les métiers d’art par la pratique de différents métiers, en travaillant et touchant la matière. La Maison des métiers d’art est la seule école à offrir un programme de résidence de création. Une résidence de création consiste en six à huit semaines de travail en atelier. On donne accès gratuitement, par exemple, à un artiste chevronné ou un artiste de la relève. Le programme attire différentes personnes. On a eu aussi bien des artisans d’Australie, du Canada, de l’Europe et surtout de la France qui viennent travailler dans nos ateliers. L’intérêt c’est de partager de façon conviviale leur pratique en atelier, de les voir travailler. Les professeurs autant que les étudiants apprennent par ce contact avec des artistes qui viennent travailler chez nous. Ces artistes se retrouvent à être passeurs de mémoire. C’est aussi le nom de notre programme de résidence, Passeurs de mémoire. Ça résume l’ensemble des activités qu’on réalise. 20 ans, c’est quand même jeune pour un programme, mais on constate les fruits de son implantation par une maturité des pratiques et la reconnaissance grandissante des artisans. Nous pensons que le programme des métiers d’art favorise l’appréciation des savoirs-faires techniques qui ont toujours été dévalorisés – par exemple comparés aux arts visuels qui sont plus intellectuels – mais que, petit à petit, cette renommée des artisans qui se construit favorise cette appréciation. Toute cette structure de savoirs pourrait aussi être bonifiée. Une façon qui pourrait répondre à d’autres profils de sorties c’est le compagnonnage. En structurant des stages après les études, cette formation structurerait à la fois les artisans établis dans leur atelier et la relève.</p>
<p><strong>Gilles Garand</strong> : Bonjour! Gilles Garand, musicien traditionnel. Je vais parler surtout des alternatives qu’on s’est données collectivement pour transmettre cet héritage. J’ai eu le privilège dans ma vie, dès l’âge de cinq ans jusqu’à l’âge de 15 ans, de baigner dans la musique. J’ai appris avec les sœurs et ensuite j’ai été pendant sept ans dans la chorale des Petits chanteurs du Mont-Royal. J’ai baigné dans la musique à en être saturé. J’ai été formé de façon incroyable. Dès l’âge de 16 ans, je déambulais dans les rues de Montréal. J’ai acheté mon premier harmonica. Je suis devenu un joueur de blues à la recherche des profondeurs de l’âme, de l’être. Je me suis retrouvé, à ce moment-là, à cueillir des albums, des disques de musiques traditionnelles américaines, du blues. C’est ainsi que j’ai découvert la compagnie Folkways qui avait fait des collectes de sons, de musiques et de chansons des bluesmen américains. Je me suis mis en quête de cette recherche qui m’a amené à fouiller la mémoire et à commencer un travail de débroussaillage de ce que sont les racines. Et, tout à coup, dans cette vie, en 1973 à Montréal, un premier festival s’organise : le Festival de musique traditionnelle organisée par l’Université du Québec avec André Gladu et Jean-Luc Moisan. On découvre, dans une tempête de neige en hiver, Louis « Pitou » Boudreau, Cyrice Dufour, Marie-Blanche Lavoie. Toute une tradition extraordinaire de notre culture à nous. Ça a complètement changé ma vie : j’ai quitté le blues pour devenir un joueur d’harmonica traditionnel. L’année suivante, à la suite de ce festival, l’Université du Québec me demande de donner des stages de formation à l’université le soir, des cours pour adultes. Alors, on commence à enseigner l’harmonica, petit instrument portable dans notre poche. Tout à coup, de ce groupe de gens qui faisaient de la musique pour le plaisir naît un groupe qui s’appelait à ce moment les Ruines Babines. Les Ruines Babines, comme groupe précurseur avec d’autres, on a eu le privilège d’aller jouer en Acadie, en Louisiane, au Québec. C’était le début des cégeps, donc j’ai fait une tournée des cégeps et je donnais des classes. J’enseignais aux gens comment jouer. Je leur amenais des instruments. Il y avait donc une transmission qui se vivait à travers ça. Étant dans les festivals, on s’est rendu compte que, dans chacune de ces organisations, il y avait une culture, une façon de transmettre les choses avec des ateliers, avec des master classes. Il y avait la rencontre de l’autre dans ces festivals. Ainsi, la méthode de travail était complètement différente de l’Académie, mais elle était vivante, dynamique et toujours en lien avec quelqu’un de plus grand que toi, un maître, qui pouvait te transmettre directement de personne à personne. Pendant plusieurs années l’UQAM organise des veillées au pavillon de la Tourelle ce qui fait en sorte que les Montréalais, Montréalaises sont en lien avec le phénomène de la veillée où il y a un conteur, où il y a un gigueur, où il y a au final une transmission collective. En 1981, quand l’UQAM se retire de ce programme, il y a des gens qui décident de fonder un organisme qui s’appelle maintenant la Société pour la promotion de la danse traditionnelle québécoise (SPDTQ), qui va avoir 30 ans d’existence le 13 mai. Pendant 30 ans, il y a eu et il y a encore dix à douze veillées par année, le troisième samedi du mois, où la transmission se fait collectivement. Cette transmission est dans la veillée, dans le partage avec des maîtres de danse qui viennent montrer comment danser, dans la convivialité, dans le ludique de la chose. En 1992, on est appelé à organiser le Festival de la Grande rencontre pour donner à Montréal une vitrine comme le FIAT à Québec, le Carrefour mondial de l’accordéon à Montmagny, Mémoires et racine à Joliette. Tous ces organismes se donnent une vitrine qui est un festival, un lieu rassembleur. Comme dans les autres lieux, on a fait en sorte de partager, à travers les ateliers et les master classes, dans un milieu alternatif. À la 6e édition, il y a un de nos membres qui a dit « moi j’aimerais ça qu’on parte une école. » Alors, on a deux tableaux dans le festival : j’aimerais enseigner et l’autre, j’aimerais être élève. On se retrouve donc à la fin du festival avec une liste incroyable de professeurs potentiels et d’élèves potentiels, c’est pourquoi on a créé une école. L’École des arts de la veillée a maintenant 13 ans et il y a trois sessions par années – de septembre à décembre, de janvier à mai et, après, celle du printemps. Trois sessions où il passe entre 70 et 150 personnes par année qui viennent le soir avec leur instrument. Des gens de toutes générations confondues qui viennent avec leur instrument pour apprendre des jeunes maîtres de la tradition. On a une quinzaine, une vingtaine de professeurs qui enseignent la gigue, le conte, la musique, les instruments. Il y a vraiment une vie alternative à la formation. Pendant l’évènement, il y a 10-11 ans, se fonde un organisme national qui s’appelle FolQuébec qui a comme mission d’aller à l’extérieur pour faire en sorte, dans les différents marchés internationaux, de valoriser notre musique et nos musiciens et aussi faire en sorte qu’ils travaillent sur les différents marchés. Ainsi, j’ai le privilège d’être invité dans plusieurs lieux, comme par exemple en Norvège où il y a l’École de formation traditionnelle à Oslo. Un autre exemple : à Helsinki il y a l’Académie Sibelius qui est liée à l’Université de Helsinki et qui a la formation à l’université depuis 25 ans. On y enseigne la tradition. La Suède, la Norvège et la Finlande ont créé un collectif de formations des trois universités qui donne un niveau supérieur. Il y a vraiment une certaine organisation collective dans la tradition musicale. En Écosse, à Glasgow, il y a une école de musique. En Irlande, il y a différentes écoles. Alors, tout ça fait en sorte qu’on se rend compte qu’il y a beaucoup de gens qui sont partis de la tradition et qui l’ont aussi intégrée dans les aspects plus organisationnels de l’éducation. En même temps, on s’est rendu compte que tout ce cheminement pouvait nous amener ailleurs. Il fallait développer des outils collectifs de formation, on s’est donc associé, comme organisme, au CQPV, avec le Conseil québécois des ressources humaines en culture, pour développer le niveau de professionnalisation de notre formation. Cette année, on aura une autre formation qui va s’appeler « Comment gagner sa vie en musique traditionnelle. » Donc, il y a plusieurs strates, mais la tradition orale a des outils extraordinaires. Les organismes se sont donné ces outils pour garder l’héritage et le transmettre de façon dynamique, de personne à personne, dans les milieux de transmission de la tradition orale.</p>
<p><strong>Tess Leblanc</strong> (modératrice) : Merci beaucoup. Maintenant, nous allons entendre…</p>
<p><strong>Gilles Garand</strong> : Juste un petit moment. En France, j’ai un ami, Jani Rouget, qui a travaillé à faire en sorte de bâtir un réseau d’éducation populaire intégré aux écoles officielles. Il m’a envoyé un très beau document qui s’appelle « Les musiques traditionnelles : une pratique sociale à un enseignement institutionnalisé ». Là-dedans, il y a toute la réflexion sur comment ils ont intégré ça dans l’éducation officielle et en posant les questions « est-ce que ça nuit au développement de la tradition? Comment ça s’intègre? » Donc, toutes les questions, les réflexions positives ou négatives sont dans ce document et possiblement qu’il pourrait être éventuellement distribué aux gens.</p>
<p><strong>Tess Leblanc</strong> : Merci beaucoup. Maintenant, nous allons entendre Maria Cecilia Londres Fonseca.</p>
<p><strong>Maria Cecilia Londres Fonseca</strong> : Bonjour. Je vais garder mes remerciements pour demain quand j’aurai plus de temps! Maintenant, je vais passer directement à mon sujet. Je vais essayer de faire des considérations sur cette relation entre l’éducation et la culture, ayant en plus le patrimoine culturel immatériel en tête. Je parle du point de vue de la politique fédérale du Brésil. Au Brésil, quand on pense au patrimoine et à l’éducation formelle, il y a deux courants. Il y a un courant qui professe la création d’une discipline qui s’appellerait éducation patrimoniale, avec plusieurs disciplines dans le curriculum. Un autre courant, auquel je m’identifie, pense que le patrimoine – aussi bien que l’environnement et d’autres sujets, enfin d’autres thèmes – serait plutôt un thème transversal à toutes les disciplines dans le curriculum. Il serait une ressource pour l’enseignement, pour l’histoire, pour la géographie, pour la littérature, même pour les mathématiques et les sciences. Il faut penser le patrimoine de ce point de vue. Le problème se pose à savoir qui produirait le matériel pour les écoles. Comment faire ce dialogue avec ces écoles? Pour le moment, au Brésil, ce sont surtout les institutions culturelles qui font la collecte et l’élaboration d’un matériel qui est à la disposition des écoles. Je vais vous parler de quelques exemples, comme mes collègues qui vont présenter des expériences très intéressantes. Je vais parler de quelques programmes qui sont développés par le Centre national de folklore et de la culture populaire de l’IPHAN, l’Institut du patrimoine historique et artistique du Brésil qui appartient au ministère de la Culture. Nous sommes une fédération, je parle donc ici d’une politique nationale. Ce Centre existe depuis plusieurs années et a profité de l’expérience des folkloristes qui travaillent depuis les années 1920 en collectant des informations, des pièces, des objets et en les gardant dans des bibliothèques et des musées. Ce Centre a deux types de programme pour les écoles : les visites guidées au musée, comme tous les musées de folklore, et les activités itinérantes. Qu’est-ce que ces activités itinérantes? Ce sont des programmes qui sont fondés sur un matériel collecté dans la bibliothèque, dans les archives du Centre, réuni dans une valise, enfin quelque chose comme ça, qui est prêté aux écoles pour 40 jours. L’objectif de ces activités itinérantes, ce sont des activités dirigées surtout aux élèves de 7 à 14 ans, c’est de produire un matériel qui soit adapté au niveau des élèves en termes de langue. Un matériel qui serve à stimuler la recherche et la réflexion sur la culture, pas seulement la formation, mais aussi la réflexion par rapport à la relation avec la vie quotidienne de ces élèves ainsi qu’avec leur passé et leur identité en tant que citoyen brésilien. Du matériel qui serve aussi aux professeurs qui sont les vrais médiateurs de cette relation, les vrais médiateurs de ce programme. Ce matériel, c’est un matériel de la bibliothèque. Je vais parler de trois grands programmes qu’ils ont. C’est difficile de traduire parce que ce sont des expressions figées en portugais. Le premier s’appelle […], il y a des Portugais ici qui vont comprendre. Ça veut dire « une valise et […] » En fait, ces choses rondes qu’on utilise pour voir. C’est une petite collection de livres, de photos, de séries, de feuilletons, d’extraits de presse. Il y a aussi des textes d’appui aux professeurs qui servent comme support pour des activités de recherche et de discussion qui seront menées à l’école sous la supervision du professeur. Un autre projet, c’est le projet [14 : 25]. C’est un mot qui a un double sens en portugais : c’est en même temps le matériel du film, mais c’est aussi faire fi de quelque chose. Alors, c’est une collection de films et d’enregistrements sonores ayant la même finalité. Le troisième projet c’est un projet qui s’appelle [14 : 53], « regardant autour de soi ». C’est un matériel qui est pensé pour servir en tant que base afin que les élèves produisent eux-mêmes des expositions visant à être montrées dans les écoles et dans la communauté sur le thème de la culture populaire. Ce sont des exemples que je vous apporte. Mais, je voudrais faire mention d’un cas très particulier en termes d’éducation et culture. C’est la question de l’éducation dans les tribus indigènes au Brésil et la relation avec l’éducation formelle. C’est par le Ministère, à travers les règles du Ministère, que la situation culturelle de ces tribus est gérée. La Constitution de 1988 a, pour la première fois, reconnu le droit des Indigènes brésiliens à l’éducation bilingue, à l’éducation avec le Portugais et dans leur langue maternelle. Non seulement leur langue maternelle, mais aussi les processus de transmission qui sont les processus traditionnels de transmission de connaissances des tribus. À côté de ça, il y a la nécessité pour le ministère de l’Éducation, qui a un secrétariat spécifique pour cela, de former des professeurs issus des tribus. Et, il y a des professeurs qui sont déjà en train de faire leur maîtrise. Vraiment, ça sert beaucoup à former des ressources humaines dans ces tribus indigènes pour qu’elles soient elles-mêmes concernées avec la préservation et la sauvegarde de leurs traditions culturelles. Un des piliers de ce projet, c’est la valorisation de l’oralité comme moyen de transmission de la culture. C’est très important. Je ne sais pas si vous le savez, mais la première candidature qu’a présentée le Brésil pour la Proclamation des chefs-d’œuvre du patrimoine oral de l’humanité a été l’art et la cosmogonie des indiens Wajapi. C’est à l’extrême nord du pays. On avait un programme de valorisation de l’oralité lié à l’école traditionnelle – je dis traditionnelle des milieux urbains, modèle occidental. Entre les tribus, ce qui arrivait c’était que la littéralité était valorisée alors que l’oralité était dévalorisée comme forme de transmission. Ainsi, un groupe de l’Université de San Paolo faisait déjà depuis longtemps un travail de valorisation de l’oralité. Et, heureusement, ce dossier a été accepté par l’Unesco et maintenant nous avons, avec le Samba de Roda, deux biens déjà inscrits. C’est très important parce que dans le langage de ces tribus, tout leur système d’organisation du monde, est présent. La relation n’est pas une relation telle qu’on la connaît entre nature et culture. Il n’y a pas de cette distinction pour eux. Tout est la même chose. La distinction entre art et science, ça n’existe pas. Ainsi, c’est le langage qui est l’instrument nous permettant d’avoir un accès à ce monde. Je vais même me permettre de vous lire une citation que j’ai pris dans un livre écrit par un Canadien où l’auteur dit – je vais le dire en anglais : « In the West, time is like gold. You save it, you loose it, you waste it or you don’t have enough of it. In the [19: 09], (c’est une tribu de l’Amazonie) in the language, there is no word for time. » Donc, ça démontre bien comment la langue est vraiment la base fondamentale pour la compréhension, la valorisation et la transmission de la culture des tribus indigènes et des autres cultures. Pour la fin, je voudrais seulement ajouter un mot qui n’est pas exactement sur la question de l’école, mais plutôt sur la question de l’éducation en termes de formation d’agents pour travailler dans la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. On a ce souci au Brésil. C’est un champ nouveau. On sait très peu comment le faire, comment sauvegarder. Mais, il y a des expériences quand même qui servent comme point de départ. Alors, à l’IPHAN, l’organisme dont je suis conseillère, nous avons un programme qui s’appelle le « balayo de patrimoine cultural », balayo c’est un panier où on réuni aussi un matériel d’informations, toute la législation, l’informations sur la méthodologie de l’inventaire dont je vais parler demain. Les secteurs régionaux de l’IPHAN font des réunions dans les diverses régions du Brésil avec des agents locaux, avec des détenteurs, enfin tout ceux qui sont concernés avec la sauvegarde du patrimoine immatériel. Pour présenter et distribuer ce matériel afin de discuter avec eux des possibilités spécifiques pour les situations spécifiques auxquelles ils font face. Pour finir, je vais aussi mentionner l’utilité des cours à distance. Les cours à distance ont eu un grand succès au Brésil. Ils ont été très utiles en termes de formation d’agents pour distribuer cette connaissance.</p>
<p><strong>Tess Leblanc</strong> : Merci beaucoup.</p>
<p><strong>Mme Fonseca</strong> : Merci beaucoup.</p>
<p><strong>Tess</strong><strong> Leblanc</strong> : Maintenant, voici monsieur Jacques Pettigrew du ministère de l’Éducation du Loisir et du Sport du Québec.</p>
<p><strong>Jacques Pettigrew</strong> : Que vous me permettrez d’appeler le MELS, n’est-ce pas? C’est un peu long! D’abord, je veux vous remercier d’avoir invité le Ministère à participer à ce colloque. Je vais d’entrée de jeu dire que je suis vraiment content de pouvoir montrer à quel point le Ministère travaille et se veut un lieu où on désire mettre en place les conditions pour que l’école québécoise devienne un passeur culturel. Je vais surtout m’attarder à cinq lieux pour montrer dans ces cinq lieux de l’école québécoise, du préscolaire jusqu’à la fin du secondaire, que le passage culturel est important pour nous. Parce que nous souscrivons à une certitude : il n’y a pas d’éducation sans culture comme il n’y a pas de culture sans éducation. Cette certitude, vous la retrouvez dans un petit dépliant, que je vous donnerai s’il y en a qui sont intéressés, qui explique ici le mois de la culture, le mois de février. Je vais surtout m’attarder à cinq lieux d’enseignement ou cinq lieux d’éducation : trois programmes d’étude qui sont les programmes d’art, d’histoire et d’éducation à la citoyenneté et le nouveau programme « éthique et culture religieuse », dont je suis personnellement responsable À cela s’ajoute le mois de la culture et, finalement, le service, peut-être un peu moins connu, qu’on appelle le SASEC – Service d’animation de vie spirituelle et d’engagement communautaire. Je vais tout simplement donner certaines indications afin de montrer comment la culture est au cœur de l’enseignement et de ce qu’on veut montrer aux jeunes, ce qu’on veut donner comme éducation aux jeunes. Pour vraiment le montrer, je dirais d’abord comme premier élément qu’on publie beaucoup de choses au Ministère. Il y a un document qui s’appelle « La formation à l’enseignement » où on nomme 12 compétences propres à l’enseignement qu’on veut voir développer chez les enseignants et les enseignantes. La première de ces compétences, elle est directement liée à la culture. Elle se lit comme suit : « agir en tant que professionnel, héritier critique et interprète d’objets, de savoirs ou de culture dans l’exercice de ses fonctions. » C’est la première compétence cherchée chez l’enseignant du préscolaire jusqu’à la fin du secondaire. Maintenant, regardons rapidement, parce que le temps est très rapide, les trois programmes, les trois matières scolaires où on peut voir spécifiquement la présence de la culture. La première matière c’est évidemment les arts. Tout au long de leur parcours scolaire, du début du primaire à la fin du secondaire, les élèves sont invités à suivre deux des quatre programmes, deux des quatre matières soit l’art dramatique, l’art plastique, la danse ou la musique. Ces programmes les mettent en contact direct avec les œuvres théâtrales, les œuvres d’arts, les danses, les pièces musicales d’ici et d’ailleurs. Ils sont appelés à en apprécier la qualité et même à en produire eux-mêmes, évidemment. Tout est mis en œuvre pour permettre aux jeunes de se familiariser avec le plus d’éléments possibles du patrimoine artistique québécois, mais aussi d’ailleurs. Qu’on pense ici par exemple aux chants traditionnels du Québec, aux chansons de La Bolduc, de Robert Charlebois ou des autres auteurs et interprètes québécois. Quant aux arts visuels, on peut parler de Pellan, de Lemieux. Les élèves sont amenés à être en contact, à voir et à visiter, à admirer et à apprécier ces œuvres. La deuxième matière, c’est l’histoire et l’éducation à la citoyenneté. Les compétences à développer ici sont au nombre de trois : les élèves apprennent à lire l’organisation de la société, à interpréter aussi le changement dans une société et sur son territoire et à s’ouvrir à la diversité des sociétés et de leur histoire. Par exemple, tout au long du primaire – surtout à partir de la troisième année, au deuxième cycle et au troisième cycle, donc les troisième, quatrième, cinquième et sixième années – l’histoire du Québec a été divisée en six grandes ères historiques : l’ère qu’on appelle des Premières nations, où on est plutôt dans les années 1500. Ensuite, la société française en Nouvelle-France, en 1645 environ. La société canadienne en Nouvelle-France, en 1746. Puis, en cinquième et sixième année, nous avons la société canadienne de 1820 environ, la société québécoise de 1905 et la société d’aujourd’hui dans les ères de 1980 à aujourd’hui. Pour chacune de ces grandes périodes, les élèves sont amenés à nommer et à explorer des œuvres d’arts, des expressions de l’art. On parle alors de la poterie, la vannerie, la peinture, l’architecture, la broderie, l’orfèvrerie et la littérature. On va aussi amener les élèves à décrire des éléments liés à la vie quotidienne, qu’on parle de l’alimentation, de l’habillement, des divertissements, des us et coutumes. En bref, on jette un regard sur l’ensemble de ce qui faisait et de ce qui fait une société à divers moments de son histoire. Dans la première partie du secondaire, au premier cycle, on met une emphase beaucoup plus grande sur l’histoire des grandes civilisations. Au deuxième cycle du secondaire, secondaire trois et quatre, on aborde vraiment l’histoire du Québec et du Canada. On voit les éléments de la restauration, la vie traditionnelle et on va amener les élèves à se familiariser avec toutes sortes d’éléments traditionnels, qu’on pense par exemple aux chants de gorges des Premières Nations, à la toponymie, l’origine de la toponymie, aux villages de Pohénégamook, de Kamouraska, de Québec. J’aborderais ensuite le troisième programme qui est le programme « Éthique et culture religieuse. » Évidemment, ici, dans le volet culture religieuse, ce programme non confessionnel est inscrit au programme depuis septembre 2008. Il vise à amener l’élève à se familiariser surtout avec l’héritage religieux d’ici et d’ailleurs, mais principalement l’héritage religieux du Québec. Alors, on va voir les récits, les pratiques religieuses vécues en communautés au deuxième cycle du primaire, en troisième et quatrième année. Qu’on pense par exemple à la bénédiction du jour de l’An, à la procession de la Fête Dieu, à d’autres traditions religieuses, à la fête de la Souka qui se vit énormément à Montréal ou, dans la tradition musulmane, au mois du Ramadan. On veut mettre l’élève en contact avec cette tradition et l’aider à décoder le monde qui l’entoure. Au premier cycle du secondaire, en secondaire un et deux, un thème particulier du programme Éthique et culture religieuse touche spécifiquement le patrimoine religieux québécois. Le thème est ainsi appelé : « Le patrimoine religieux québécois. » On amène l’élève à explorer les fondateurs, les fondatrices, les institutions du Québec telles les hôpitaux ou les autres grandes institutions. L’influence aussi des valeurs, des normes qui définissent notre société et les œuvres patrimoniales, les contes, les légendes, tout ce qui fait que le Québec est ce qu’il est aujourd’hui. Enfin, je vous amène dans un quatrième lieu de contact avec la culture. C’est probablement celui qui est le plus marquant, celui que je trouve personnellement le plus porteur de la tradition ou de la culture. C’est le programme La culture à l’école. Le mois de février est, dans les écoles du Québec, le mois de la culture. On a souvent tendance à dire que la main droite oublie ce que fait la main gauche. Mais, ici, on a un bel exemple de deux ministère qui collaborent ensemble à l’édification, à l’élaboration d’un mois où la culture est mise à l’avant scène pour les élèves du Québec. Je parle du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine et du ministère de l’Éducation. Les deux ministères collaborent ensemble à l’élaboration de ce mois de la culture. Il serait un peu long de vous expliquer l’ensemble des projets, mais j’en nomme un parce que celui-là m’apparaît vraiment comme représentatif de ce qu’on veut. A été mis en place le Répertoire des artistes du Québec où on invite les écoles à inviter des artistes, des auteurs, des écrivains ou des organismes à venir en classe partager leurs démarches de création. Le ministère de la Culture et le ministère de l’Éducation financent des projets, proposent aussi toutes sortes d’activités et, surtout, mettent à la disposition des écoles un répertoire pour identifier les personnes, les artistes, les écrivains ou les organismes pouvant participer à cette activité. Il y a trois ou quatre autres activités qui valent la peine d’être étudiées, d’être regardées et qui amènent aussi vraiment la culture au sein de l’école. Le dernier lieu que j’aimerais aborder, c’est le Service d’animation de vie spirituelle et d’engagement communautaire. Je vais partager une seule expérience dont j’ai été informé et que je trouve absolument intéressante. Dans une école de Gatineau, sur le terrain de l’école, il y a une cabane à sucre. Sur le terrain de l’école primaire, on retrouve une cabane à sucre, donc des érables. Les élèves s’occupent de la cabane à sucre, participent à l’élaboration de tout ce qui entoure la culture de la cabane à sucre. Je sais que pour plusieurs vous allez vivre l’expérience d’une cabane à sucre ce soir. Les élèves vivent cette expérience et, qui plus est, les plus vieux de l’école vont d’année en année inviter une classe d’une ville de Gatineau d’un milieu plus défavorisé à venir partager une partie de sucre avec eux. Et, c’est les élèves de l’école qui vont expliquer l’ensemble de l’élaboration des activités de la cabane à sucre qui vont bien au-delà de la tire sur la neige parce qu’on intègre des éléments de la musique traditionnelle, des éléments de contes. En fait, des éléments de la vie entourant cette pratique, cette culture de la cabane à sucre. C’est comme ça que le ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport veut mettre en place les moyens pour faire de l’enseignant un passeur culturel. C’est un terme qu’on retrouve de plus en plus au sein de nos écrits. C’est le rôle qu’on veut prendre, être un passeur culturel.</p>
<p><strong>Tess</strong><strong> Leblanc</strong> : Maintenant, laissez-moi vous présenter M. Jean-Pierre Joyal, professeur de violon.</p>
<p><strong>Jean-Pierre Joyal</strong> : Je vais vous parler d’un projet que j’ai parti au Cégep de Drummondville. Moi, j’enseigne le violon traditionnel au Cégep de Drummondville depuis bientôt 20 ans. Il faut savoir que le violon traditionnel ne fait pas partie d’un enseignement régulier. Il ne fait pas partie du programme régulier du Ministère. C’est donc une tentative qu’on a faite. Il faut savoir que si vous êtes un étudiant en violon au niveau du cégep, le premier choix qui s’offre à vous, c’est de faire du violon classique. Tranquillement, on a amené l’idée de compléter avec du violon jazz et, pour ma part, j’ai amené l’idée de compléter avec du violon traditionnel. Comme il n’y a pas de programme officiel, vous ne pouvez pas être inscrit en violon traditionnel comme instrument premier. Le but d’avoir un instrument premier est de former des musiciens professionnels qui vont gagner leur vie dans ça. Donc, comme il n’y a pas de programme officiel, j’ai parti l’idée du violon folklorique comme instrument second en complément de la formation classique des étudiants. Si vous n’êtes pas violoniste, vous ne savez pas qu’il y a encore énormément de préjugés dans le monde de la musique contre le violon traditionnel. Il y a beaucoup de professeurs de violon classique qui, ouvertement, vont dire que si vous faite du violon traditionnel, vous allez détruire votre technique, vous allez nuire à votre technique. Ce que vous allez gagner d’un côté, vous aller le perdre de l’autre. Moi, je suis arrivé avec l’idée contraire : « faites du violon traditionnel et vous allez devenir des meilleurs violonistes! » Mais, il faut le faire en respectant des choses de base. L’idée est qu’avec le violon folklorique, vous pouvez développer un jeu plus dynamique qui va vous aider quand vous allez faire de la musique classique qui demande ça. Vous allez développer un sens du rythme qui va être plus précis. Vous allez développer la rapidité, l’apprentissage du swing. Et, si jamais vous voulez faire du jazz par la suite, l’apprentissage que vous aurez fait en violon traditionnel va vous servir directement. Le violon traditionnel permet aussi d’éloigner l’étudiant de la partition, et Dieu sait qu’ils ont besoin de faire un effort pour ça. En fait, ce que je vise, c’est de faire des violonistes plus versatiles, qui vont apprécier d’autres genres de musiques dans leur vie et qui, par le fait même, vont avoir peut-être plus de possibilités sur le marché du travail. Vous ne le savez peut-être pas, mais être musicien professionnel aujourd’hui, c’est loin d’être facile. Et plus vous êtes versatile, plus vous avez des chances de gagner votre vie avec votre instrument. Ainsi, même si vous avez une bonne formation en violon classique, il n’y a rien qui garantit que vous allez gagner votre vie en jouant de votre instrument. La preuve en est que j’ai des étudiants – les plus doués que j’ai eus – qui ont poursuivi leur formation en violon classique, qui se sont retrouvés avec des bacc en violon classique, mais qui aujourd’hui dans leur vie jouent moitié-moitié. Ils ont continué à jouer du violon traditionnel parce qu’ils ont eu la piqûre tout en ayant une bonne formation en violon classique et, donc, en prenant aussi des engagements en violon classique. Mais, dans le fond, ce dont je suis le plus fier, ce n’est même pas ça. C’est que l’idée de violon folklorique est une musique de plaisir et je donne ainsi la chance à ces étudiants de mieux apprécier leur instrument. Parce que la relation de travail qui existe avec une violoniste classique c’est toujours « sors ton instrument de l’étui et travaille, travaille et travaille… » Peut-être qu’une fois dans votre journée, vous pourriez avoir du plaisir tout en apprenant en même temps. Tout ça, bien sûr, s’est fait en respectant la technique classique, c’est-à-dire pour la tenue de l’instrument, la tenue de l’archet, la justesse, la qualité sonore… Exactement comme un professeur de violon classique le ferait, mais pour jouer un autre type de répertoire. Le répertoire, c’est le grand défi pédagogique! C’est-à-dire qu’il faut trouver un répertoire approprié. Ce que je n’ai pas dit du pourquoi cette tentative-là a pu se faire au Cégep de Drummondville, c’est que j’étais déjà présent comme professeur de littérature musicale. J’ai un bacc en musicologie et une maîtrise en ethnomusicologie. Je suis familier avec le violon classique et le violon folklorique. J’ai fait du classique pendant un bout de temps, mais je suis devenu un violoneux à force de travail, de persévérance et d’étude de ce répertoire. J’ai donc combiné tous ces éléments et je me suis retrouvé dans le milieu du Cégep de Drummondville en étant officiellement professeur de littérature musicale. Mais, j’ai eu des élèves qui venaient me voir et me dire « est-ce qu’on pourrait apprendre tranquillement? » et ça s’est fait de façon insidieuse. Encore une fois, il faut dire qu’il n’y a pas de programme, ça se fait toujours par l’arrière et c’est comme ça depuis 18 ans quand même. Il faut être patient! Alors, le défi pédagogique c’est le répertoire. C’est un répertoire qui provient de différentes régions. À la fois du Québec et du Canada; ça existe, il se fait de la belle musique là aussi! Il y a l’Écosse et l’Irlande parce que vous savez que la musique traditionnelle du Québec a des origines en Écosse et en Irlande. Elle a été transformée, mais ces sources sont quand même présentes. Il y en a même un peu des Etats-Unis. Donc on essaie de toucher toutes ces influences pour que les étudiants fassent l’apprentissage de différents genres musicaux. Dites-vous que la grande majorité des étudiants qui viennent me voir sont des violonistes qui n’ont jamais entendu de folklore de leur vie. J’ai eu des étudiants de Gaspésie qui n’avaient jamais entendu de folklore de Gaspésie. Il n’y a aucun violoniste de Gaspésie qui a entendu le folklore de Gaspésie. Même si vous êtes en région, ça ne veut pas dire que vous avez des contacts avec la tradition. Il faut donc trouver un répertoire qui, à la fois, a des qualités mélodiques évidentes, est représentatif du genre musical et qui donne le goût de pratiquer. Si j’enseigne un rythme, il faut que ça soit vraiment représentatif de ce que devrait être ce rythme. Il faut aussi que ça soit représentatif du style musical, par exemple la musique écossaise, irlandaise ou du Québec. En même temps, chaque pièce doit contribuer à faire pratiquer certains problèmes techniques. C’est exactement comme dans le monde du violon classique. Dans le monde du violon classique, il y a des études et chacune fait travailler un problème particulier. Mais, rien n’empêche de prendre un rythme pour faire travailler un problème particulier, par exemple des croisements de cordes dans telle mélodie. Les étudiants ne le savent pas, je n’ai pas à leur dire. C’est moi qui réfléchis à ça pour construire un répertoire avec lequel on touche à des éléments précis. Toute cette démarche, pour que ce soit plus amusant pour eux, mais également pour qu’ils deviennent de meilleurs violonistes. Quand ce problème de croisement de cordes se retrouve dans du Vivaldi, ils vont le jouer mieux sans savoir que c’est grâce au professeur de littérature et de violon folklorique plutôt que grâce à leur vrai professeur de violon classique! Ça, je n’ai pas le droit de le dire, mais je peux vous le dire à vous! En plus de tout ça, insidieusement, j’ai une formation en ethnomusicologie et, sans leur dire, je m’arrange toujours pour les sensibiliser au folklore québécois. Par exemple : « ça c’est une pièce de tel musicien et j’ai joué avec ce musicien. Je l’ai rencontré. Au lieu de faire ceci, fais cela. Fais attention à ça. » Mais, ce sont des petits éléments. L’idée est que ce sont des adolescents, de jeunes adultes qui cherchent le plaisir et moi, à côté du plaisir, je leur donne des notions un peu plus formelles sans qu’ils le sachent nécessairement. Et, au bout de deux ans, il est certain que ça laisse des traces. Tout ça pour vous dire que j’ai eu le sentiment de changer les mentalités tranquillement. Comme je vous disais, le programme officiel est en violon classique, mais il y a des alternatives comme le violon jazz et j’ai réussi à faire du violon traditionnel une autre alternative. Le violon traditionnel, parce que c’est plus amusant que le violon jazz. Ça aussi, je n’ai pas le droit de le dire! Mais, ils s’en sont rendu compte par eux-mêmes. Au bout du compte, il y a beaucoup d’étudiants qui ont gardé la piqûre et qui continuent à jouer du violon folklorique maintenant. Donc, sans réellement m’en rendre compte, j’ai changé leur vie parce qu’au départ, ils n’avaient aucune notion de violon folklorique. Aujourd’hui, ils sortent du cégep, vont à l’université, mais continuent de jouer du violon folklorique. Dans le fond, s’ils n’étaient pas venus au Cégep de Drummondville, qu’ils n’avaient pas suivi un cours comme ça, ils n’auraient jamais fait de folklore parce que, dans leur vie, il n’y a rien qui les conduisait à le faire. Ils ont découvert que c’est une musique intéressante. En même temps, ils ne s’en rendent pas compte, mais ils contribuent à sauvegarder le patrimoine musical québécois. Il peut même y avoir une ouverture sur le monde parce qu’une fois que tu as découvert que le violon folklorique existe, le violon c’est un instrument fascinant qui est joué partout sur la planète. Ainsi, peut-être que tu pourrais jouer de la musique traditionnelle d’autres pays. Vous savez qu’il y a une vague de musiques du monde par les temps qui courent. C’est donc une introduction vers les musiques du monde. Je finirais en disant qu’au Cégep de Drummondville, par la bande, il y a aussi quelque chose qui est apparu : l’ensemble folklorique. Non seulement ça ne fait pas partie du programme – ça ne faisait même pas partie officiellement des cours – mais certains des étudiants qui faisaient du violon folklorique ont commencé à pratiquer avec leurs amis qui jouaient de la guitare, du piano ou de la flûte. À moment donné, je leur ai proposé : « voulez-vous être encadrés, faire des répétitions? » Donc, on a formé un ensemble folklorique et, d’une session à l’autre, ça change. J’ai eu trois élèves et un jour j’ai eu 18 élèves. Ce sont les plus belles versions à 18 élèves avec tous les instruments confondus. En plus, les étudiants ne sont pas crédités! Ainsi, aujourd’hui, voir 18 étudiants qui viennent pratiquer une fois par semaine, une heure par semaine, mais qui ne sont pas crédités, c’est à souligner. Ils viennent pour le plaisir sans être crédités! Là-dedans, j’ai trouvé violon, accordéon, harmonica, flûte traversière, flûte à bec, mandoline, guitare… Je me suis même retrouvé avec un tuba, saxophone et trombone. Je ne vous cacherai pas que l’influence de La Bottine souriante a contribué beaucoup. Vous seriez surpris! Un tuba, c’est surprenant! Enfin, même ces étudiants qui ne sont pas crédités m’ont dit que c’est le meilleur ensemble dans lequel ils ont été au cégep. Tout ça pour dire que la musique folklorique est une alternative au jazz. Et, ça pourrait s’enseigner dans tous les cégeps. Ça pourrait être une alternative. Il suffit de trouver des professeurs compétents qui ont un bagage et une formation dans tout ça. Oui, c’est possible.</p>
<h3>PÉRIODE DE QUESTIONS</h3>
<p><strong>Tess Leblanc</strong> : Merci beaucoup. On va ouvrir aux questions, à la discussion ici, mais aussi dans la salle.</p>
<p><strong>Participant 1</strong>: Pierre Chartrand, du Centre Mnémo. D’abord, j’ai été l’initiateur d’un DEC en musique traditionnelle qui a toujours lieu au Cégep de Joliette. Il y a une quinzaine d’années, on a développé une troisième année qui est une spécialité en musique traditionnelle. Les étudiants devaient alors faire la première et la deuxième année en populaire, jazz ou en classique et attendre la troisième pour faire de la musique traditionnelle. Finalement, au bout d’une dizaine d’années de revendication, surtout dû au fait de la révision des programmes, on a pu obtenir – et ça va être en cours l’année prochaine – le fait que les étudiants qui s’inscrivent au DEC en musique traditionnelle pourront maintenant dès la première année avoir comme instrument second leur instrument. Ainsi, un joueur d’accordéon, je vous donne comme exemple Philipe Jetté qui a parlé tantôt et qui est un de nos finissants. Il y en a d’autres aussi qui sont sans doute connu comme Nicolas Pellerin, etc. Maintenant, les étudiants vont pouvoir garder la pratique de leur instrument traditionnel tout au long du cursus en ayant évidemment la troisième année spécialisée en musique traditionnelle. C’est important de le dire. J’avais un autre point par rapport à la question de la formation des maîtres. Vous mentionnez, monsieur Pettigrew, que dans les trois volets, notamment la discipline des arts qui s’enseigne à l’école, ça peut être un accès à la culture chez les jeunes. Le problème qu’on rencontre, entre autres, c’est que les maîtres des gens qui sont formés suivent un bacc en formation, en enseignement mais en danse, ils n’ont aucune formation. Ils en ont eue pendant quelques années où j’ai enseigné, mais ça ne se fait plus. Ils n’ont pas de formation en danse traditionnelle. J’imagine aussi que c’est la même chose pour ceux qui suivent le bacc en enseignement de la musique. Le problème, c’est que les maîtres qui sont engagés par le MELS pour enseigner une des quatre disciplines d’art n’ont aucune connaissance dans le domaine des arts traditionnels, donc ça ne passe pas dans leur enseignement. Évidement, je crois qu’il y aurait une mesure à faire pour inscrire le patrimoine immatériel dans la formation des maîtres en musique et en danse. Je suis moins au courant évidemment pour le théâtre et les arts plastiques.</p>
<p><strong>Participant 2</strong> : Marc Bolduc, membre du CA du CQPV et enseignant au secondaire dans la Prairie. J’enseigne l’histoire en plus, donc ça tombe dans les champs décrits par monsieur Pettigrew. D’ailleurs, la façon dont les programmes sont élaborés, ça fait partie du cursus de parler peut-être du patrimoine. Toutefois, par expérience, en troisième et quatrième secondaire, les programmes sont faits d’une façon où on a beaucoup de contenus historiques et factuels à passer. Étant moi-même sensible au patrimoine, j’essaie de le faire. Mais, ça devient difficile de l’inclure tant il y a de sujets à aborder. Je voulais souligner ça parce que c’est quand même quelque chose d’important. En marge de la future loi 82, avec ce que ça sous-tend – considérant que beaucoup de nos intervenants aujourd’hui ont présenté que les pratiques dans le milieu de l’éducation se faisaient en marge, comparativement à ce qui se fait au Brésil où ça semble être le contraire, où l’État s’est impliqué et s’implique encore dans l’enseignement à plusieurs niveau et prépare des trousses aux maîtres – je me demandais comment le ministère de l’Éducation se situerait dans une loi qui non seulement valorise la conservation et les connaissances, mais aussi s’implique dans la valorisation comme telle des pratiques traditionnelles. Je connais moins le secteur du primaire. Je sais qu’il y a des cas où on enseigne, par exemple, la danse traditionnelle par un enseignant qui, passionné par ça, va le faire. Il y a des écoles où on n’enseigne pas la musique. Il y a des écoles où on n’enseigne pas le théâtre parce que c’est deux sur trois. Et là, j’ignore complètement la place qui est laissée aux savoir-faire [artisanaux] là-dedans. Est-ce qu’il y aura un ajustement à faire, puisqu’il semble que beaucoup de la formation qui se fait par rapport aux traditions se fait extra muros, en dehors des institutions? On a eu quelques exemples. On a eu le Cégep de Drummonville et le Cégep de Joliette. Dans les institutions universitaires, est-ce que ça vient un petit peu interpeler le ministère de l’Éducation par rapport à ce qui peut être fait dans l’enseignement du patrimoine immatériel?</p>
<p><strong>Jacques Pettigrew</strong> : C’est sûr que c’est difficile de répondre en disant « voici exactement comment l’enseignement, quels sont les éléments d’enseignement précis », que ce soit au niveau du patrimoine ou à tous les niveaux. Je suis personnellement responsable du programme Éthique et culture religieuse. Ça m’est plus difficile de répondre pour les autres programmes. Mais, quand je regarde par exemple pour le programme Éthique et culture religieuse , lorsqu’on a à indiquer quelles fêtes notamment doivent être étudiées, il s’agit d’une décision d’ordre pédagogique. Là-dessus, l’enseignant a le contrôle et c’est lui qui décide des fêtes qui vont être étudiées. En musique, par exemple, on est exactement sur le même pied. C’est-à-dire que le choix des pièces musicales qui vont être étudiées et des styles musicaux qui vont être étudiés est de l’ordre de la pédagogie. Le ministère incite, propose, met des thèmes. Si vous enseignez au secondaire, vous savez par exemple que le programme d’histoire propose des thèmes particuliers. Il y en a un exactement sur la culture. Mais, quels sont les éléments de la culture, quels sont les éléments précis que l’enseignant va décider d’étudier avec ses élèves? Il y a là une discrétion, une décision pédagogique qui revient à l’enseignant.</p>
<p><strong>Jean-Pierre Joyal</strong> : J’aimerais juste dire un petit mot à Pierre Chartrand. Juste poursuivre, parce qu’il y en a peut-être parmi vous qui n’êtes pas trop au courant. C’est parce que tantôt j’ai dit que l’expérience au Cégep de Drummonville est un peu unique. Mais, il y a un programme de folklore au Cégep de Joliette. En quoi l’expérience au Cégep de Drummonville est unique? c’est qu’il n’y a aucun programme. Joliette vise à faire des spécialistes. Drummonville, surtout, vise à faire des gens qui ont une culture un peu ouverte. En fait, des violonistes qui auraient une appréciation du violon traditionnel. Peut-être plus tard qu’ils en feront ou peut-être qu’ils n’en feront pas. La grande différence c’est que Joliette touche un public extrêmement pointu, alors que l’approche du Cégep de Drummonville touche tous les violonistes classiques du Québec. Alors, tous les étudiants, inscrits dans n’importe quelle institution en violon classique, sont susceptibles d’avoir un cours comme celui-là de culture générale. Alors que Joliette vise quelque chose de très précis pour faire des spécialistes qui devraient travailler dans ce milieu-là. On ne vise pas à faire des professionnels. On vise à faire des professionnels de la musique qui vont peut-être devenir des violonistes professionnels. Peut-être pas, on ne le sait pas. Mais, une fois qu’ils sont rendus des violonistes professionnels, s’ils ont eu la piqûre, ils risquent de continuer et peut-être qu’ils vont éventuellement se partir un groupe de musique traditionnelle exactement comme les gens qui ont été à Joliette. C’est tout.</p>
<p><strong>Participant 3</strong> : Bonjour tout le monde. Je m’appelle Sophie Pomerleau. Je travaille pour l’organisme Jeunes musiciens du monde. Je suis la directrice de l’école de Québec de Jeunes musiciens du monde, un organisme international. On a une école en Inde. Notre organisme a 10 ans de vie cette année, en 2011. Donc, je voulais quand même le présenter. Je sais qu’il y a des gens qui le connaissent déjà, mais souvent on se dit « Jeunes musiciens du monde existe », mais on ne sait pas trop c’est quoi. Donc, ce sont des écoles de musiques gratuites en musique axées sur le patrimoine vivant. Nos professeurs sont tous des porteurs de tradition, des gens qui ont envie de transmettre la musique aux enfants. Je pense qu’on est important dans la vie de ces jeunes parce qu’à l’école, souvent, ils n’ont pas accès nécessairement aux gens qui portent la tradition. Aux écoles Jeunes musiciens du monde… en fait il y en a quatre au Québec : une à Québec, une à Montréal dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, une à Kitcisakik dans une communauté autochtone au sud de Val-d’or et on a une nouvelle école qui a ouvert cette année en janvier à Sherbrooke. C’est Christine Fortin qui est responsable de cette école à Sherbrooke. On s’installe dans le quartier populaire et on enseigne la musique traditionnelle aux enfants âgés entre quatre et 17 ans. Tranquillement pas vite, on commence aussi à faire des liens avec les écoles secondaires. Depuis quelques mois, à Québec, on va dans les écoles secondaires pour enseigner à l’heure du dîner aux enfants qui n’ont pas de programme de musique dans leur école. Il y a beaucoup d’écoles secondaires où on n’offre pas du tout la musique aux enfants. Alors, les enfants se ruent sur nous! Ils veulent faire de la musique. Il y aura une table tout à l’heure avec le fondateur. Blaise Fortier sera là et le directeur général de l’organisme sera là également. En fin d’après-midi, je vous invite à venir nous parler. On sera présent pour répondre aux questions.</p>
<p><strong>Participant 4</strong> : Centre Marius Barbeau à Montréal. Pour faire suite à l’enseignement en danse à l’UQAM, je veux souligner et faire brièvement un peu d’histoire en mentionnant, je crois, que c’était madame Riopelle et madame Sullivan qui avait mis en marche l’enseignement de la danse à l’UQAM. Malheureusement, à ce moment-là, on n’était pas organisé comme on s’organise aujourd’hui. Ces gens-là avaient prévu qu’on enseigne à l’UQAM toutes les formes de danses, y compris la danse traditionnelle. Malheureusement, de façon historique, ce sont des gens qui étaient à la nouvelle ère qui sont tombés et se sont retrouvés à la tête du département de danse de l’UQAM. On y a alors exclu le folklore. C’était la danse contemporaine et on a laissé de temps en temps – une fois par deux ans ou par an et demi, je ne sais pas trop –, un peu d’espace pour l’enseignement de la danse. Donc, c’est important qu’on soit ensemble et qu’on travaille ensemble pour que des situations analogues ne se produisent pas. Deuxièmement, j’ai eu l’occasion, il y a plusieurs années, de me retrouver en Hollande et de visiter une école où on enseignait toutes les formes de danse. Et même en circulant dans le corridor, j’ai vu qu’il y avait quelqu’un qui enseignait du [48 : 16] américain. Lorsqu’on veut faire un lien entre celui ou celle qui pourrait enseigner de la danse à l’école, ça suppose qu’il y ait une formation. Sinon, on se retrouve dans la situation où il n’y a pas de gens aptes à enseigner la danse ou, s’il y a quelqu’un qui enseigne la danse, souvent, ça va être quelqu’un qui a un profil de la danse contemporaine presqu’exclusivement. Il y a aussi eu madame [48 : 48] qui avait quand même une très grande ouverture, qui rêvait qu’au niveau de l’école supérieure d’antan il y ait aussi une place pour le folklore. Mais, il n’y a pas eu de suite.</p>
<p><strong>Participant 5</strong> : Marie-Soleil Pilette. Je représente l’organisme Danse traditionnelle Québec, DTQ. Il y a deux aspects à mon intervention. Pour le premier, je vais expliquer un peu le gros des actions de DTQ présentement parce que ça va dans le sens de l’intervention de monsieur Chartrand tantôt. On donne de la formation aux gens qui travaillent dans le domaine de la danse traditionnelle pour améliorer leurs compétences et augmenter le niveau et les connaissances des gens qui travaillent dans le domaine. Je pense que ça fait six ans qu’il y a des formations qui sont financées par Emploi-Québec où des spécialistes sont engagés pour donner des formations aux gens du milieu. Des formations aussi diverses que sur l’histoire et l’ethnologie de la danse traditionnelle québécoise, sur les volets plus artistiques, la direction artistique, la gestion d’un organisme en danse. L’enseignement est donc assez varié. Pourquoi? Parce que le domaine de la danse traditionnelle est pratiquement absent du système d’éducation public. Donc, il y a un criant besoin de gens qui travaillent dans le domaine et de ressources. On a besoin de plus d’enseignement et de plus de connaissances livrées de façon plus structurée. Donc, les formations, ça va répondre à ce besoin. Et, comme disait monsieur Chartrand tantôt, en ce qui concerne la danse dans les écoles, il y a peu de connaissances sur ce qui est du patrimoine traditionnel. Ainsi, c’est probablement une situation qui prévaut dans d’autres formes d’arts, mais pour ce qui est de la danse, les professeurs n’ont pas de formation dans la danse traditionnelle. Alors, comment peuvent-ils la transmettre? Danse traditionnelle Québec pourrait peut-être être une ressource pour former les maîtres ou pour fournir les ressources. Alors, contactez nous! Le deuxième point de mon intervention… Je ne sais pas exactement qui est responsable de cette situation, mais on parlait que, dans le domaine de la danse, des professeurs n’ont pas beaucoup de formation en danse traditionnelle dans les écoles primaires et secondaires. Encore plus loin – je parle d’une situation d’une de mes collègues, mais ce sont des situations que j’ai entendues qui se retrouvent dans plusieurs écoles – les professeurs de danse tout cours n’ont pas toujours une formation en danse qui est très forte. Donc, parfois ce sont des professeurs d’éducation physique qui vont enseigner la danse parce qu’il y a un poste à combler et qu’ils ont la priorité. Mais, ils ne sont pas spécialisés. Ils ont fait du conditionnement physique pendant cinq ans ou ont fait du ballet jazz quand ils étaient jeunes. Et, ils se sont mis à enseigner comme professeur de danse aux élèves des programmes en danse au primaire et au secondaire. Alors, juste en danse, on peut remettre en question leurs compétences. Imaginez en plus en danse traditionnelle! On est loin! Il y a vraiment une lacune à ce niveau-là dans le système d’éducation. Je ne sais pas… Il y a sûrement plusieurs solutions possibles, mais c’est sûr qu’au niveau de l’embauche du personnel spécialisé dans l’enseignement des arts, il y a quelque chose à corriger, c’est certain.</p>
<p><strong>Participant 6</strong>: Est-ce que je peux me permettre de m’adresser à Marie-Soleil? Ce qui arrive au niveau du primaire est que dans nos écoles partout au Québec, il y a une forme d’art qui est continue de la première année jusqu’en sixième année. Alors, c’est continuel et habituellement enseigné par un spécialiste. Ensuite, la deuxième forme d’art peut changer après la première et la deuxième année. Elle peut encore changer après la troisième et la quatrième année et peut finalement changer après la cinquième et la sixième année. Alors, en tout temps les élèves ont deux formes d’arts : un art est continu et l’autre non, pas nécessairement. Souvent, c’est un peu « qui peut faire un peu d’art dramatique? » « Ha! Toi, tu es bon! » Et, ça tombe dans son assiette à cette enseignante-là. Même chose pour l’autre qui sait chanter ou jouer de la guitare. Effectivement, c’est un problème. Ce problème existe et ça existe tout cours pour le choix dans la deuxième forme d’art. Pour le premier choix, ça dépend de la formation du professeur. Dans l’art continuel, la formation, c’est par un spécialiste.</p>
<p><strong>Participant 5</strong>: C’est problème de reconnaissance.</p>
<p><strong>Participant 7</strong> : Tu ne veux pas parler de ça : l’ancienneté!</p>
<p><strong>Gilles Garand</strong> : J’aurais beaucoup à dire sur la question de l’ancienneté parce que je pense que c’est un droit fondamental quand même. J’aimerais lancer une piste parce que dans le document de Jani ils disaient que, dans le processus, ce qu’ils ont fait c’est tenir une commission nationale qui a regroupé des intervenants pour développer un regard sur la question à savoir : comment on peut intégrer les musiques traditionnelles dans le processus de formation. Il a été question d’ouvrir, dans les institutions existantes, notamment les conservatoires de musique, etc. une place pour la musique traditionnelle. Il y a eu un processus de documentation, une harmonisation des systèmes de descriptions en termes de documentation et un centre d’informations. Il s’agissait de travailler avec des organismes régionaux locaux pour faire en sorte que, un peu comme le demandait Daniel, les ressources du milieu soient intégrées dans la réflexion sur leur propre développement. Ensuite, il y a eu une politique publique dans le domaine de la formation des traditions et de l’application. C’est à peu près ça. Les organismes régionaux ou nationaux ont été reconnus, ont été labellisés pour faire en sorte de devenir des instruments collectifs de développement soutenus par le ministère. Alors, il y a du chemin potentiel.</p>
<p><strong>Jacques Pettigrew</strong>: J’aimerais ajouter un élément. Il est clair que la question soulevée de la formation des enseignants est une réalité qu’on vit due à beaucoup d’éléments. Parmi eux, il faut noter le fait que la responsabilité de l’engagement des enseignants est de la nature, de la juridiction des commissions scolaires. C’est la commission scolaire qui a la charge de s’assurer de la qualité de l’enseignement qui est donné et qui engage les enseignants dans chacune des matières. C’est une réalité. Il y a des pas qui sont faits, mais il y a tellement d’embûches et de réalités dont il faut tenir compte qu’on ne peut pas nécessairement imposer tout de suite des changements tout azimut là-dessus. C’est très délicat.</p>
<p><strong>Carole Baillargeon</strong> : Je voulais peut-être juste souligner quelque chose en lien avec le modèle des écoles ateliers. C’est le comité du plan national de coordination de la formation en métiers d’art qui régit ce programme. Tel que je le disais, à la table, il y a des représentants du ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport, des représentants du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, des représentants de la SEVEC, un représentant d’une école atelier de Québec, un représentant d’une école atelier de Montréal et les directions générales de chacun des cégeps. Il y a aussi Emploi-Québec qui y siège. Cette bibitte-là a créé le programme des métiers d’art parce que les écoles ateliers sont privées. Avant de mettre ce programme en place, il existait donc des écoles ateliers privées. Il y avait des expertises qui étaient en place, mais elles étaient… Dans les débuts, ces personnes avaient soit étudié en Europe ou avaient appris par elles-mêmes ou par quelqu’un, par exemple un membre de leur famille. Ainsi, ils n’ont pas voulu faire table rase de cette réalité. Ils ont conservé la structure des écoles ateliers, mais ils voulaient donner du prestige à la pratique des métiers d’art au moins en offrant un diplôme de niveau collégial. Pour cela, c’est le milieu des métiers d’art et des artisans qui a été consulté et qui a dit : « bon, pour nous ça va être collégial. Ça va être suffisant. » Maintenant, on se questionne à savoir est-ce qu’on ne pourrait pas aussi aller au niveau universitaire. Mais, comme je le disais, notre structure en tant qu’écoles privées permet vraiment d’avoir l’enseignant spécialiste de la technique qu’il donne. Ainsi, on a un contrat de service avec le Cégep Limoilou où un professeur de français – ou de tout autre discipline – ne peut pas dire « Ha, j’ai une libération de tâche, moi je vais aller enseigner. J’ai déjà tricoté, donc je vais enseigner le tricot. » Ce type de situation ne se peut pas. Sauf que, d’une part, comme compromis ça fait aussi qu’on est sous financés et que les salaires sont très bas. Donc, ça amène ce genre de désavantages. D’autre part, c’est un programme qui n’est pas si populaire non plus. C’est un choix de vie d’aller dans les métiers d’art, mais ça reste un programme qui est relativement peu coûteux pour le ministère de l’Éducation et le gouvernement en général.</p>
<p><strong>Participant 5</strong> : La réalité dont moi je parlais tout à l’heure était pour la plupart des écoles au primaire et au secondaire. Les plus petites écoles, c’est difficile. C’est plutôt difficile. Par contre, dans les écoles de par exemple 400 élèves et plus, rendu au secondaire, la plupart des enseignants sont des spécialistes dans leur art.</p>
<p><strong>Participant 8</strong> : Philippe Jetté, musicien. Premièrement, j’ai une question pour le monsieur du ministère. Je me demandais si, avant ce matin, vous aviez connaissance que la musique traditionnelle s’enseignait aux Cégep de Joliette et de Drummondville?</p>
<p><strong>Jacques Pettigrew</strong> : Non.</p>
<p><strong>Participant 8</strong> : C’est bon. On s’aperçoit ici qu’il y a vraiment un manque de visibilité.</p>
<p><strong>Jacques Pettigrew</strong> : Il faut dire que je travaille uniquement dans le secteur du primaire et du secondaire.</p>
<p><strong>Participant 8</strong> : Il y a clairement un manque de visibilité malgré tout parce que le programme n’est vraiment pas connu de tous. Comme disait Ariane St-Pierre tantôt, j’ai étudié dans le programme de musique traditionnelle au Cégep de Joliette. Une technique de trois ans. Je me suis inscrit au départ en accordéon diatonique. On m’avait accepté et puis quand je suis rentré… En tout cas, ils m’ont dit qu’il y avait des problèmes de secrétariat. Finalement, je n’ai pas eu de cours d’accordéon diatonique durant les deux premières années. Alors, ils ont été obligés de me créditer la première session en cours d’instrument principal. Par la suite, ils m’ont dit : « tu as le choix d’aller ailleurs pour trouver ce que tu recherches ou, nous autres, on offre de te louer un accordéon piano. » Finalement, j’ai opté pour la deuxième option et je n’ai pas pratiqué plus qu’il faut parce que ce n’était pas ça mon but en m’inscrivant au cégep. On a fait des rencontres de chums dans les corridors puis on a appris de cette façon pendant les deux premières années. J’ai eu un cours des grands courants musicaux, pendant les deux premières années, qui touchaient principalement la musique classique et un petit peu de jazz. Je n’ai jamais entendu de musique traditionnelle. Je me demandais c’était quoi la patente parce que c’est quand même quelque chose qui constitue une réalité depuis des centaines d’années ici au Québec. Ça serait donc un tir à corriger selon moi. Quand je suis entré en troisième année, il y avait des cours d’instrument principal. Je suis enfin tombé en accordéon diatonique. En plus, dans mon année, je ne vous ai pas parlé qu’on était la plus grande cuvée de finissants. On était quatre! Les autres années, ils avaient finis deux ou trois. Nous, c’était quatre et puis jusqu’à maintenant on est le record. Ce n’est pas motivant pour des musiciens traditionnels qui veulent apprendre la musique traditionnelle de passer par les deux premières années à faire du classique… Parce que de façon automatique, quand tu t’inscris en musique traditionnelle tu tombes en musique classique.</p>
<p><strong>Tess Leblanc</strong> : La table ronde vient de terminer. Je m’excuse. Je vois qu’il y avait encore des personnes qui avaient des questions. Mais, vous pouvez venir voir les panélistes. D’abord, merci beaucoup. Merci aux panélistes : Monsieur Jacques Pettigrew, Gilles Garand, Maria Cecillia Fonseca, Carole Baillargeon et Jean-Pierre Joyal. Merci!</p>
<p><strong>Présentateur</strong>: Merci à Tess Leblanc, présidente de la séance.</p>
<p><strong>Tess Leblanc</strong> : Merci à vous!</p>
<p><strong>Présentateur</strong> : Ce fut très inspirant, parce qu’il y avait beaucoup de questions et beaucoup de travail pour le futur. Et il reste d’autres questions, alors je vous invite à aller rencontrer les panélistes et à leur en poser et à initier des discussions autour des sujets qui vous passionnent.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Table ronde municipalités</title>
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		<pubDate>Wed, 02 May 2012 17:17:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Tables rondes]]></category>

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		<description><![CDATA[Les municipalités, vers quel soutien au patrimoine immatériel? Québec, 16 avril 2011 Dans le cadre du colloque international CQPV 2011 sur Les mesures de soutien au patrimoine immatériel: gouvernements, institutions et municipalités Présentateur : Merci d’être venus à cette table ronde sur les municipalités et le patrimoine immatériel. L’idée est intéressante puisque, dans le projet [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Les municipalités, vers quel soutien au patrimoine immatériel?</h3>
<p><strong>Québec, 16 avril 2011</strong><br />
<strong>Dans le cadre du colloque international CQPV 2011 sur <em>Les mesures de soutien au patrimoine immatériel: gouvernements, institutions et municipalités</em></strong></p>
<p><strong>Présentateur</strong> : Merci d’être venus à cette table ronde sur les municipalités et le patrimoine immatériel. L’idée est intéressante puisque, dans le projet de loi 82 sur le patrimoine culturel, il y a des dispositions nouvelles qui visent les municipalités. Le monde municipal lié au patrimoine immatériel est un champ relativement nouveau. On essaie de voir et comprendre d’avance ce qui peut être fait, la mécanique à l’intérieur des municipalités. On essaie de s’adjoindre certaines personnes de qualité, qui sont ici aujourd’hui, du monde municipal québécois. Voici donc la table ronde sur les municipalités. Monsieur Gilbert Guérin s’excuse de ne pouvoir être là pour cause de maladie et c’est Monsieur Vartan Cherikian, président de la Société du patrimoine d’expression du Québec, qui agira à titre de modérateur de séance.</p>
<p><em>Applaudissements</em></p>
<p><strong>Vartan Cherikian</strong> : Bonjour à tous et toutes! Il me fait grand plaisir de vous présenter cette table ronde. J’ai eu la tâche de présider la table dans un cours délai, donc je ne saurai pas les prénoms. Puisqu’on n’a pas beaucoup de temps, je veux juste faire un tour de table pour vous présenter les intervenants qu’on a ici présents. En premier lieu, il y a à côté de moi monsieur Marc-André Bluteau, historien, Division du design, de l’architecture et du patrimoine de la Ville de Québec. Madame Andrée Lapointe, conseillère en développement au Conseil de la culture des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches. Monsieur Raynald Ouellet, membre du comité consultatif de la culture de la Ville de Montmagny et directeur artistique du Carrefour mondial de l’accordéon. Monsieur Jean Fortin, coprésident de Les Arts et la Ville et Maire de Baie-St-Paul. Nathalie Ouellet, représentante de l’Union des municipalités du Québec et chef de service des arts et de la culture de la Ville de Lévis. Michel de la Durantaye, professeur chercheur au département d’études en loisir, culture, tourisme de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Je demanderais aux intervenants d’être brefs. Puisqu’on n’a pas beaucoup de temps, je vous demanderais de prendre seulement cinq minutes et on va donner plus de temps pour la période de questions. De cette façon, les gens pourront poser plus de questions à la fin. Merci. M. Bluteau.</p>
<p><strong>M. Bluteau</strong> : Cinq minutes! Ça va me faire plaisir de vous présenter ce que la Ville de Québec mène depuis déjà plusieurs décennies. Je vais vous parler à la fois en tant qu’historien au service de l’aménagement de territoire et du design urbain parce que c’est une nouvelle fonction que j’occupe depuis un an et demi. Mais, en même temps, j’ai été sept ans au service de la culture à travailler avec le milieu culturel et l’ensemble des artisans du patrimoine immatériel. Alors, ça va me faire plaisir de vous en parler. La Ville de Québec, bien sûr, a deux documents fondateurs qui sont importants : la politique culturelle qui a été adoptée en 2004 et la politique du patrimoine qui a été adoptée en 2007. Dans ces deux politiques, la question du patrimoine immatériel est bien identifiée. Le patrimoine immatériel fait partie des fondements d’un des actes de la politique culturelle, dans la partie des legs inaliénables. La politique du patrimoine traite également du patrimoine immatériel et l’identifie comme tel, comme un des éléments, un des patrimoines qu’il faut conserver et mettre en valeur. La Ville est active depuis au moins une trentaine d’années. La première politique culturelle s’appelle la politique des arts et de la culture. Elle date de 1989 si je me souviens bien. Et, la dernière en 2004 a été mise à jour avec le contexte municipal, avec le regroupement de 2001. Donc, la Ville soutient le patrimoine et, notamment, les initiatives des organismes en patrimoine immatériel. D’ailleurs, il a y un programme qui s’appelle « Vitalité culturelle » qui s’adresse à l’ensemble des organismes culturels, mais qui interpelle aussi les organismes du patrimoine. Le programme Vitalité culturelle, c’est deux millions par année. Il aide au fonctionnement de 66 organismes culturels, dont six organismes du patrimoine qui représentent à peu près 9% des organismes. L’aide aux organismes en patrimoine totalise environ 40 000 dollars par année, c’est-à-dire à peu près 2% du budget d’aide dans ce programme-là. Bien sûr, pour le programme, nous apportons une aide soutenue au fonctionnement. Notre interlocuteur à la Ville, au niveau du patrimoine immatériel, est le Centre de valorisation du patrimoine vivant. Jean-Pierre [Chénard], avec qui j’ai eu le plaisir de travailler pendant sept ans, est ici, alors je le salue en passant. Le Centre est aidé au fonctionnement depuis une vingtaine d’années. La subvention de la Ville représente environ 4% du budget des dépenses. Ça paraît peut-être peu, mais quand on compare avec l’ensemble des organismes culturels, l’aide que la Ville apporte aux organismes culturels représente en moyenne entre 1 et 3% de leur budget de dépense. Alors, quand on dit qu’on atteint le 4%, malgré que ce ne soit pas un énorme montant, c’est quand même intéressant. La Ville apporte donc son soutien au fonctionnement, mais par le biais de l’entente de développement culturel. Ainsi, depuis une trentaine d’années, nous avons une entente entre la Ville et le ministère de la Culture pour favoriser l’ensemble des initiatives de développement culturel. Ça comprend le patrimoine. Cette entente est de 37,8 millions de dollars sur un plan triennal. La dernière se termine cette année et va être en renouvellement. En gros, c’est à peu près 14,5 millions qui va à la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine bâti et l’équivalent qui va à la sauvegarde de l’ensemble des arts, que ce soit les arts vivants ou les arts plus traditionnels. En ce qui concerne les activités qui ont été sauvegardées, qui ont été soutenues par la Ville depuis une trentaine d’années dans le domaine du patrimoine immatériel, il y a les initiatives du Centre de valorisation du patrimoine vivant, le Festival international des arts traditionnels, qui est un festival important qu’on soutient depuis la mise en place en 1993 si je me souviens bien. Il y a également toutes les initiatives qui sont mises en place par le CVPV pour l’animation de la Place Royale qui est un lieu identitaire important sur le territoire municipal, même au niveau Québécois. Il y a aussi les ateliers du patrimoine vivant à la Maison Chevalier et, dernièrement il y a deux ans, il y a eu une exposition qui a été initiée par le Centre sur le patrimoine immatériel en concertation avec la chaire d’ethnologie de l’Université Laval. Ainsi, ce sont les initiatives qui viennent de notre organisme qui est le répondant dans ce domaine et pour lequel on apporte du soutien. De même, on soutient d’autres formes de projet et la Ville a eu des ententes avec l’Université Laval, entre autre le CÉLAT, pour la mise en place d’une banque de témoignages de vie, de témoignages de pratiques qui a été réalisée entre 1991 et 1998 et, ensuite, qui a été numérisée entre 1999 et 2004. Ce projet est une banque inestimable qui est très intéressante : avec 177 interlocuteurs, c’est 800 heures de témoignages. Elle a été mise en valeur lors de l’exposition qui a été présentée au Centre de valorisation du patrimoine vivant. La Ville a réalisé cette exposition lorsque nous avons recyclé l’édifice de la fabrique qui est un centre industriel devenu un des bureaux municipaux avec un décor des arts visuels. Alors, dans cette exposition qui présente le patrimoine de l’édifice de la fabrique, on a inclus les témoignages des travailleurs et ça fait partie de l’exposition. Je pense qu’Andrée [Lapointe] va en parler à côté de moi, on soutient la création des prix de valorisation du patrimoine. On soutient les prix du patrimoine à la fois dans le volet ville et le volet régional. Dernièrement, dans le contexte nouveau de cette notion qu’on s’approprie de plus en plus de patrimoine immatériel – avant ça on parlait du folklore, on parlait de manifestations populaires, maintenant c’est une nouvelle notion – on a étudié, en 1999, un phénomène qui est quand même assez particulier au Québec et qui est intéressant : la pratique du canot à glace. On a mené une étude assez exhaustive en collaboration avec l’Association québécoise d’ethnologie et on est actuellement en cours d’une étude sur le patrimoine immatériel d’un quartier industriel de la ville à St-Roch, dans le cadre du projet IREPI avec l’université. Je termine en disant que pour nous – je suis un peu à cheval entre le patrimoine matériel et mes anciennes fonctions où on travaillait le patrimoine immatériel – je suis à même de réaliser, par ces fonctions, qu’il y a des liens naturels qui doivent se faire entre la pratique du patrimoine immatériel et la pratique du patrimoine matériel et les connaissances. L’un ne va pas sans l’autre. Je conclus là-dessus : autant dans le domaine du patrimoine bâti on doit se documenter et sauvegarder les pratiques liées aux traditions de savoir-faire pour le bâti, que ce soit pour les métiers du bois, du fer, de la pierre, etc. Autant, on doit aussi sauvegarder les pratiques liées aux arts d’interprétation et aux métiers artisanaux. Je pense qu’il y a des liens à établir. Je pense aussi peut-être, compte tenu des applications de la Ville jusqu’à maintenant, qu’on va mettre une loi par la suite. Merci.</p>
<p><strong>M. Cherikian</strong> : Madame Lapointe!</p>
<p><strong>Andrée Lapointe</strong> : Je voudrais vous entretenir ce matin d’un projet très précis, très particulier et très pratique. Je voulais vous dire que je travaille au Conseil de la culture des régions de Québec et Chaudière-Appalaches. C’est donc la perspective d’un organisme qui vient intervenir en patrimoine vivant avec les municipalités de son territoire. Des conseils de la culture, il y en a dans chaque région du Québec. Ceux qui sont Québécois, vous le savez bien. Nous, on travaille en table disciplinaire. On a une table qui s’appelle la table Patrimoine-Histoire qui existe depuis 24 ans maintenant. C’est cette Table qui, en 2004, a décidé de mettre sur pied ce qu’on appelle les prix du patrimoine des régions de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches. Les prix du patrimoine, ce n’était pas une idée originale : il en existait déjà dans le Bas-St-Laurent. S’il y a des gens du Bas-St-Laurent, vous le savez. Mais ce qu’il y a eu d’original chez nous, c’est qu’on a mis sur pied trois catégories de prix dont la catégorie « les porteurs de traditions ». Ce n’était pas évident du tout parce qu’au niveau municipal sur notre territoire on a 17 entités municipales : 15 MRC et deux grandes villes que sont Québec et Lévis. Je peux vous dire que des porteurs de traditions, on ne savait pas du tout ce que c’était. On a démarré ça en 2004 avec nos entités municipales et, depuis ce temps, on est rendu à la quatrième édition. En juin 2011, nous aurons la remise de la quatrième édition des prix du patrimoine. Nos objectifs : connaître notre patrimoine, que les gens dans les municipalités connaissent leur patrimoine, qu’ils le reconnaissent dans le sens qu’ils en soient fiers. Et, ensuite aussi de valoriser et de le transmettre. Notre idée de le transmettre est très importante. Je peux dire que c’est grâce à la force qu’on a dans la région de la Capitale-Nationale en patrimoine vivant : on a le Conseil québécois du patrimoine vivant qui a son siège social ici à Québec. On a le Centre de valorisation du patrimoine vivant. Ils ont été les moteurs à la mise en place du patrimoine vivant dans ces prix. De plus, je voulais juste vous faire très rapidement des petites statistiques depuis le début de la mise en place de ces prix. En quatre éditions, j’ai fait un petit sondage auprès de mes agents de développement culturel sur le territoire pour savoir comment ça allait depuis le début. En 2005, on a eu à peu près, et même pas tout à fait, une candidature dans la catégorie « porteurs de tradition. » En fait, c’est 0,7 candidature par MRC ou municipalité parce qu’il y en a qui n’en ont carrément pas eu. À l’époque, il y a beaucoup d’agents qui ne savaient même pas c’était quoi un porteur de tradition. Alors, on avait des questions des gens qui travaillent dans leur milieu qui nous disaient « qu’est-ce que c’est? Qu’est-ce que je vais aller chercher comme candidature? » Aller connaître les maisons qu’on restore, les chapelles qu’on restore, une exposition, un livre, c’est assez facile. Mais, connaître un porteur de tradition sur son territoire ça demande plus de travail. En 2011, cette année, on retrouve en moyenne presque trois candidatures de porteurs de tradition par MRC ou municipalité. Ça a l’air de rien, mais pour nous c’est beaucoup. En plus, ce sont des candidatures qui sont vraiment celles de porteurs de tradition parce qu’avant, on avait toutes sortes de choses. On avait des festivals, des chorales. Mais, nous ce qu’on veut c’est vraiment une personne, un individu qui porte et qui transmet. On trouve donc que c’est une belle évolution. Dans les champs de nos lauréats en porteurs de tradition, on a eu beaucoup de savoir-faire. C’est là qu’est la grande catégorie. C’est sûr qu’ils sont plus faciles à connaître et à voir dans leur territoire parce qu’ils produisent quelque chose. On en a aussi eu beaucoup du côté de la musique parce qu’on a beaucoup d’excellents musiciens traditionnels. Également, un club de danse et un club de contes. Ce qui est intéressant c’est que, dans mon sondage, les gens m’ont dit qu’avant les prix du patrimoine, c’était très peu connu dans leur milieu ce qu’était le patrimoine immatériel, ce qu’était un porteur de tradition et qu’ils devaient répéter la définition. Ils devaient eux-mêmes s’approprier ce que c’est et devaient ensuite communiquer la définition. Ils ont également dû et doivent encore en parler beaucoup aux élus dans les municipalités parce que les élus ne sont pas tous des passionnés comme nous en patrimoine. Ainsi, il faut répéter l’importance du patrimoine et l’importance de reconnaître sur notre territoire nos porteurs et porteuses de tradition. Il faut le répéter tout le temps. Évidemment, ce que ça fait dans les territoires, c’est qu’il y a des manifestations rendant visibles nos porteurs de tradition qui sont développées. Ainsi, aujourd’hui, c’est beaucoup plus connu et on aide à la mise en place de circuits, de routes pour aller rencontrer ces gens, de remise locale de prix sur les porteurs de tradition et aussi d’événements découvertes. Dans les marchés locaux, en ce qui concerne les produits du terroir et les produits artisanaux, on commence à faire la différence entre ce qui est vraiment de la transmission de savoir-faire traditionnels ou d’autres choses. Donc, ce petit événement des prix du patrimoine – je termine là-dessus, je vous dirais que ça demeure une initiative qui a été portée par un organisme extérieur, mais que les municipalités se sont appropriée. Et, quel soutien des municipalités pour le patrimoine vivant? Je pense que c’est en collaboration. L’expérience nous démontre que, pour les municipalités, ce n’est pas évident de soutenir des initiatives en patrimoine vivant, mais que quand on les accompagne là-dedans, elles sont prêtes à embarquer. C’est par elles que ça passe sur nos territoires. Si les municipalités ne sont pas là, il n’y aura pas d’initiatives. J’espère que la politique du patrimoine, qui devrait nous arriver très bientôt, viendra compléter leur travail parce que sans soutien du gouvernement central, elles ne pourront pas s’en tirer. Merci.</p>
<p><strong>M. Cherikian</strong> : Merci madame Lapointe! J’invite le dernier panéliste à nous rejoindre [sur la tribune]. On souhaite la bienvenue à monsieur Clermont Bourget, président des Éditions Continuité et directeur de la cellule de formation continue à la Faculté d’aménagement d’architecture et des arts visuels de l’Université Laval. Je passe la parole à monsieur Ouellet.</p>
<p><strong>Raynald Ouellet</strong> : Alors bonjour à tous. Moi je vais vous parler de Montmagny. Montmagny c’est une ville et municipalité située à 60 kilomètres à l’est de la ville de Québec sur la rive sud du fleuve St-Laurent. Elle compte une population de 11 200 habitants et c’est une région qui est riche au niveau du patrimoine immatériel. Les artisans et les acteurs de cette richesse ne sont pas vraiment conscients de ça parce qu’ils le vivent au quotidien, mis à part aujourd’hui. C’est une région qui est riche au niveau de la musique instrumentale, entre autre l’accordéon diatonique; le petit accordéon diatonique qui est extrêmement populaire dans notre région. Également, au niveau de la danse. Il y a également le phénomène de l’Île-aux-Grues face à Montmagny. Il y a le [17 :47] aussi qui a été un moyen de transport entre la rive et l’archipel pendant plusieurs années. Il y a aussi la fête, la tradition de la mi-Carême qu’on a conservée à l’Île-aux-Grues et qui se fait encore à chaque année. C’est donc une région qui est assez riche et effervescente en patrimoine immatériel. En 1989, j’ai eu le plaisir de faire partie du groupe qui a démarré un événement qui s’appelle le Carrefour mondial de l’accordéon, qui est un festival de musique. Bien entendu, la thématique c’est l’accordéon. Mais, le concept était de présenter et mettre en valeur sur scène les musiques traditionnelles de chez nous, du Québec, en les mettant avec les mêmes conditions, sur un même pied d’égalité qu’un grand maître du tango argentin ou du musette français. On a même éclaté au niveau des musiques classiques, jazz, pop et on est allé jusqu’à la musique électro-acoustique. Donc, à l’intérieur de l’événement, ça donnait la chance à nos musiciens traditionnels de pouvoir se présenter et en même temps de se valoriser face aux autres tendances musicales à travers le monde. En 1993, ça a été l’élaboration de la première politique culturelle de Montmagny. Avec un comité de bénévoles, on a travaillé là-dessus. Il y avait des représentants de différents secteurs : les arts d’interprétation, l’histoire, le patrimoine. La thématique [d’aujourd’hui], c’est municipalités et patrimoine immatériel. En fait, le maire du temps, qui était intéressé par les arts, avait décidé de former un comité culturel chez nous, à Montmagny. Donc, on s’était réuni, on était une douzaine de personnes. La première rencontre, je me souviens, on était tous autour de la table et on se demandait qu’est-ce qu’on était pour faire ensemble parce qu’on se posait la question à savoir un comité culturel à Montmagny ça fait quoi? On ne savait pas parce que nous, dans chacun de nos milieux, dans chacun de nos secteurs, on était dynamiques et proactifs. Mais, tout le monde ensemble, comment on pouvait travailler? C’était la grande interrogation. Vite, on a fait le consensus qu’il fallait se doter d’une politique culturelle pour la présenter au conseil municipal. On a alors travaillé pendant plusieurs semaines là-dessus et on a rédigé notre première politique culturelle qui était surtout de faire le topo. Prendre la photo de chacun des secteurs chez nous : où en était la situation. Après ça, il s’agissait de voir comment on pouvait faire ensemble pour mettre en valeur le patrimoine et que ces différents secteurs puissent avancer. En 2000, la municipalité de Montmagny a décidé d’adhérer au programme « […] le patrimoine » en collaboration avec la MRC de Montmagny. Ça a permis à un agent culturel de venir travailler sur notre territoire et d’être en synergie avec les différents secteurs. Cette avancée a été assez facilitante. Après ça, en 2005, il y a eu l’engagement à la municipalité… parce que pendant toutes ces années, à la municipalité, on a continué à tenir nos réunions et à faire le suivi du plan d’action de notre politique culturelle. En 2005, la municipalité a décidé d’engager un coordonateur culturel via le service des loisirs. Depuis ce temps, depuis 2005, on a quelqu’un chez nous à Montmagny qui travaille à plein temps pour faire la synergie et faire le lien entre les différents intervenants. Avant ça, c’est moi qui le faisais bénévolement. Donc, je vous avoue que j’ai trouvé ça pas mal le fun en 2005 de ne plus être le seul à porter le fardeau, le bâton du pèlerin! En 2006, toujours en travaillant en synergie avec cet agent culturel, on a décidé de renouveler, de refaire notre politique culturelle. On a travaillé fort tout le monde ensemble. On a fait des grandes réunions. On a divisé ça en quatre secteurs : les arts d’interprétation, l’histoire et patrimoine, les arts de la scène et la muséologie. On a alors fait quatre grandes rencontres avec les citoyens. Il y avait 25 à 30 personnes à chacune de ces rencontres et c’est là qu’on est allé chercher quelles étaient nos forces, nos faiblesses et aussi nos attentes des différents milieux. C’était des réunions très structurées avec un animateur et on a également impliqué dans le processus des membres du conseil municipal, des élus. Ça aussi c’est important dans la démarche pour se faire valider. De ça a découlé notre nouvelle politique culturelle à l’intérieur de laquelle on avait bien entendu identifié le patrimoine vivant ou patrimoine immatériel. Tout dernièrement en 2011, on vient de terminer le plan d’action pour les trois prochaines années. Donc, maintenant, on est rendu sur l’action. Dans le plan d’action, on a identifié que le patrimoine vivant ou immatériel est un secteur important chez nous compte tenu de la richesse qu’on a. Avec un échéancier, on a commencé à dégager des projets en partenariat avec la municipalité. C’est pourquoi en ce moment, on commence à travailler là-dessus. Au début, on est parti lorsqu’il y avait plusieurs personnes qui en faisaient, mais on ne savait pas ce que c’était. On l’a ensuite identifié, on a commencé à l’écrire. Puis maintenant, on est rendu que c’est écrit et on se demande ce qu’on fait avec ça. Je pense que c’est la continuité. La municipalité chez nous supporte l’évènement Carrefour mondial de l’accordéon au fonctionnement. Elle supporte également le Musée de l’accordéon au fonctionnement. Tout récemment, depuis deux ans, on a développé une École internationale de musique. Donc, la municipalité, par le fait même, elle ne le savait pas mais elle supporte le patrimoine immatériel. On ne leur a pas dit au début, mais ils vont le savoir maintenant! Je pense que l’importance était un peu la même que j’ai donnée pour le festival à savoir qu’on a positionné les musiques traditionnelles du Québec au même niveau que les autres types de musique ou musique d’autres pays. Mais, on a positionné le patrimoine immatériel au niveau de la culture en général. On ne l’a pas mis en vase clos, le patrimoine. On n’a pas été en revendiquant que le patrimoine immatériel c’est important en ne parlant pas des autres. Au contraire, on s’est inséré au même niveau que les autres. Finalement, réunions après réunions, on s’est fait un réseautage avec les activités qu’on a mises en place. Il y a aussi le […] qu’on a eu avec l’événement. Ainsi, les autres secteurs de la culture, ils sont vraiment fiers de ce volet qu’on a réussi à développer. Je pense que ça fait parti du succès du conseil de Montmagny.</p>
<p><strong>M. Cherikian</strong> : Merci beaucoup! Monsieur Fortin, à vous la parole.</p>
<p><strong>Jean Fortin</strong> : Merci. Bonjour tout le monde. Je suis ici, d’abord, pour bien le rappeler, comme coprésident de Les Arts et la Ville. Vous allez vous demander pourquoi un coprésident. C’est particulier au réseau d’avoir une présidence qui va connaître le monde municipal et les élus et une coprésidence qui représente le milieu culturel. Donc, mon coprésident du côté culturel, c’est Jacques Matte qui est le président directeur général du Festival du cinéma de Rouyn-Noranda. C’est difficile pour moi, comme je suis maire de Baie-St-Paul, de sortir ça de moi. Je parle toujours un peu de mon cheminement. Qu’est-ce qui m’a amené au réseau Les Arts et la Ville? Bien sûr, il y a un côté personnel. Je suis un gars natif de Baie-St-Paul qui est dans un milieu particulier : Charlevoix, vous savez. On en parlait ce matin. J’entendais parler de politique, de pays et des choses du genre. Au Québec, Charlevoix, c’est un peu un pays. Ça s’est distingué de différentes façons. Je ne veux pas… ici parfois la notion de pays on en a peur. En tout cas, là je prends la notion française! Disons que c’est un territoire particulier, avec des façons de vivre particulières que les gens ont développées au fil des siècles. Les façons de faire particulières se sont développées de par sa configuration géographique qui était isolée parce que dans les montagnes ce n’était pas facile d’y aller. Sauf que par rapport à ça, la plupart des municipalités datent d’au-delà de 350 ans. La région qui a même développé un accent particulier, qui a développé des façons de faire et une façon de vivre particulières, qui malheureusement avec les années se perdent un peu –malheureusement, peut-être heureusement pour certains, certaines. Mais, on a gardé de ces caractéristiques et moi j’ai été baigné là-dedans durant mon enfance et mon adolescence. À l’adolescence, il y a eu le Festival folklorique de Baie-St-Paul qui a été un des premiers festivals au Québec qui soulignait les traditions populaires, les savoirs, les façons de vivre traditionnelles, la danse traditionnelle, la musique traditionnelle, même la gastronomie traditionnelle. C’était à Baie-St-Paul et moi j’ai connu ça à ce moment-là. Donc, j’ai été imprégné de ces choses-là. J’ai aussi été imprégné des films de Pierre Perrault assez jeune. Chez nous avec mes parents, on écoutait ses films qui faisaient parler des gens de l’Île-aux-Coudres autour des manières de vivre traditionnelles et qui avaient une parlure particulière. On sait qu’ils étaient allés à Cannes et en France. Ils avaient sous-titré les propos des gens de l’Île-aux-Coudres parce que ce n’était pas facile à comprendre Ça, c’est du patrimoine immatériel! On était dans la mise en valeur. D’ailleurs, je veux saluer monsieur Cyril Simard qui est là, qui était un grand artisan du festival folklorique avec qui on a continué de travailler. Quand je suis arrivé comme maire à Baie-St-Paul en 2000, comme tantôt monsieur Ouellet disait, il y avait pleins d’initiatives un peu partout, mais on s’est dit qu’il faudrait avoir notre politique culturelle et mettre ça ensemble pour voir comment on pourrait aller plus loin. Ainsi, on a eu notre politique culturelle chez nous. Un peu plus tard, on a engagé notre propre agent culturel également et on a repris la gestion du Centre d’arts à Baie-St-Paul. Donc, on est très impliqué. Je suis très impliqué et mon conseil également. On a été capitale culturelle en 2007 et, à l’intérieur de la capitale culturelle, on a choisi de parler beaucoup du patrimoine immatériel, des traditions, de travailler avec notre monde là-dessus. On a plein d’activités culturelles. C’est ce qui fait qu’un jour, j’ai eu une lettre de madame Lise Bissonnette qui était coprésidente à l’époque du réseau Les Arts et la Ville dans laquelle elle me disait « ça n’a pas de sens que Baie-St-Paul ne soit pas membre du réseau ». Donc moi, j’ai dit « c’est vrai, pour 200$, on peut toujours bien s’impliquer là-dedans! » Pour moi, je crois que c’est important. Tantôt, on m’a demandé quelles sont les recettes pour les municipalités. Je suis un gars qui travaille en réseau. Depuis que je suis maire de Baie-St-Paul, je suis membre des deux unions municipales et je fais partie du réseau des villes, villages en santé. En culture, je fais partie de plusieurs organisations et c’est là que j’ai compris l’impact, l’importance que ça avait de faire partie d’un réseau comme Les Arts et la Ville. C’est le seul endroit où on peut asseoir à la même table les représentants de tous les milieux culturels : le municipal, mais aussi les acteurs du développement culturel, des artistes, des artisans, des représentants d’organisation, des élus aussi et d’échanger ensemble autour d’une table. Je pense qu’il faut s’échanger mais également s’épauler ensemble parce que, on le sait, la seule façon de travailler, de développer la culture en général, mais le patrimoine en particulier, c’est le partenariat. Tantôt, il y en a qui parlaient et disaient qu’il faut avoir le partenariat des gouvernements. Mais, il faut solliciter celui des municipalités et celui des citoyens également. Là, j’arrive à mon affaire, j’ai fini. Il me reste 1 minute?</p>
<p><strong>M. Cherikian</strong> : Merci beaucoup.</p>
<p><strong>M. Fortin</strong> : Non, j’y arrive. J’avais une affaire que je devais dire. Par rapport au réseau Les Arts et la Ville, il y a un instrument important dont je voulais vous parler. Bien sûr, on assoit ensemble les gens, mais on a trois outils principaux. On a notre colloque à chaque année. D’ailleurs, il y a des initiatives telles que celle de Montmagny qui est venue à notre colloque présenter déjà ce que les intervenants faisaient pour enrichir l’ensemble du milieu. On a la valise, ce qu’on a présenté, qui est notre principal outil. C’est la valise culturelle de l’élu municipal. Elle est disponible pour tous les élus. Là-dedans, ça fait le tour de tout de ce qui se passe en culture, de tous les termes, de toutes les possibilités, les organisations. Ça parle notamment de patrimoine immatériel. En tout cas, ceux qui sont impliqués, qui connaissent des élus ou même qu’ils ne le sont pas mais qui sont intéressés, je vous invite à nous contacter au niveau du réseau. On a aussi un dépliant. Justement, Linda Roy du réseau est ici. Vous pouvez aller la voir, elle va vous donner toutes sortes de renseignements là-dessus. C’est très important et cet outil est majeur. En bref, le réseau c’est 500 élus… Il y a 500 municipalités qui sont membres et 150 organisations culturelles. On a également un site Internet sur l’actualité culturelle qui est très complet et où on peut s’informer sur les initiatives intéressantes. Merci, excusez-moi d’avoir pris plus de temps.</p>
<p><strong>M. Cherikian</strong> : Merci monsieur Fortin. Monsieur Bourget, s’il-vous-plaît.</p>
<p><strong>Clermont Bourget</strong> : Bonjour vous toutes et vous tous. D’abord, excusez-moi pour le retard et aussi pour la voix caverneuse. Vous allez penser que je viens de passer des entrevues pour remplacer le bonhomme carnaval, mais ce n’est pas le cas! Comme je suis urbaniste de profession, j’ai pensé m’adresser à vous pour vous parler de certaines dispositions qui sont dans le projet de loi 82 sur le patrimoine culturel. Ceux et celles qui ont feuilleté le projet de loi, vous avez sans doute remarqué qu’on a donné certaines responsabilités à ce qu’on appelle le conseil local ou les conseils locaux du patrimoine. Entre autre, à l’article 121 on dit « une municipalité peut par règlement de son conseil et après avoir pris l’avis de son conseil local du patrimoine identifier des éléments du patrimoine immatériel, un personnage historique décédé, un événement ou un lieu historique. » Et, à l’article 127 on dit « une municipalité peut par règlement de son conseil, après avoir pris l’avis de son conseil local du patrimoine, citer en tout ou en partie un bien patrimonial situé sur son territoire dont la connaissance, la protection et la mise en valeur ou la transmission présente un intérêt public. » Mais, si vous vous ramenez à l’autre article qui est l’article 117, c’est là qu’on peut faire le lien entre le rôle des urbanistes et le patrimoine immatériel. Il y est dit « dans le présent chapitre, on entend par conseil local du patrimoine le comité consultatif d’urbanisme constitué en vertu de la loi sur l’aménagement et l’urbanisme. » Quand on m’a demandé de faire partie du comité d’analyse du projet de loi 82, le Conseil québécois du patrimoine vivant, je me souviens d’un commentaire qui est venu des autres participants qui disaient : « c’est quoi les urbanistes? Qu’est-ce qu’ils viennent faire les urbanistes lorsqu’on parle du comité consultatif d’urbanisme? Qu’est-ce qu’ils viennent faire dans le patrimoine immatériel? » Juste pour vous donner quelques bribes d’informations, je vais faire certains rappels du rôle des comités consultatifs d’urbanisme et, éventuellement, des conseils locaux du patrimoine. Il faut se rappeler que, dans les années 80, le législateur québécois a apporté certaines modifications au cadre légal qui régit le développement du territoire au Québec. Ces nouvelles dispositions visaient à faire en sorte qu’on puisse gérer d’une façon plus souple les principaux règlements d’urbanisme qui sont appliqués sur les territoires des municipalités. Vous savez, en urbanisme, on intervient à deux niveaux : à un niveau macro qui est le niveau de la planification. Ici, on pense aux schémas d’aménagement et aux plans d’urbanisme. Et, on intervient aussi à un niveau plus micro qui est dans la gestion quotidienne, c’est-à-dire les règlements de zonage, de lotissements, etc. Ainsi, à partir du milieu des années 80, le législateur aurait institué ce qu’on appelle les dérogations mineures qui est un pouvoir discrétionnaire donné aux conseils municipaux pour gérer les cas litigieux lorsqu’il y a, par exemple, l’implantation d’un bâtiment qui ne respecte pas les normes établies. Un peu plus tard, en 1987, on a aussi institué les plans d’aménagement d’ensemble et en 1989 – c’est peut-être plus connu pour vous qui travaillez en patrimoine même si c’est le patrimoine immatériel – les plans d’implantation et d’intégration architecturale. Dans tous les cas, quand on a parlé d’instituer ces nouvelles dispositions, on a confié aux conseils municipaux les pouvoirs discrétionnaires. Je dis bien discrétionnaires, mais non aléatoires. Il s’agit d’une discrétion encadrée, c’est-à-dire une discrétion qui repose sur l’avis d’un comité : le comité consultatif d’urbanisme. C’est là que le rôle se fait, dans les comités consultatifs d’urbanisme, c’est-à-dire que le CCU donne son aval et ses recommandations au conseil municipal sur un projet. Par la suite, le conseil est souverain dans sa décision. Juste rappeler que les comités consultatifs d’urbanisme sont composés d’un membre du conseil et de citoyens d’un peu partout sur le territoire de la municipalité. C’est intéressant de savoir la constitution parce qu’il n’y a pas nécessairement des gens en patrimoine qui siègent sur les CCU. Souvent, dans les municipalités, ça va être des représentants des rangs ou un représentant du village, un représentant des personnes âgées. Dans certains cas, ça va être les gens qui sont associés à des groupes corporatifs Par exemple, ça prend absolument un agriculteur pour défendre les intérêts de l’UPA. Donc, les CCU ne sont pas constitués à partir de la compétence des gens. Ils sont constitués tout simplement de gens intéressés par la chose municipale. Le nombre est différent, la provenance est différente. Souvent, c’est aussi des représentations politiques parce que tel conseiller dit « moi je voudrais que ça soit mon voisin dans le rang qui soit aussi membre du CCU, etc. » Ce qui amène les CCU à s’impliquer dans le domaine culturel. C’est à partir de 1985 que le législateur donne le rôle au CCU de faire une analyse des projets de citation de bâtiments et de constitution de sites du patrimoine à travers l’intérêt. Ainsi, c’est la Loi sur les biens culturels qui donne une délégation, qui donne le pouvoir à des gens au CCU de prendre position. Vous voyez le cheminement? C’est-à-dire qu’on est parti de questions très urbanistiques à en venir à des questions qui touchent aussi le patrimoine : le patrimoine bâti, les paysages, les bâtiments historiques. Là, on en est rendu aux conseils locaux du patrimoine qui s’intéressent plus au patrimoine immatériel. Qu’est-ce que ça a donné la gestion des CCU ou l’implication des CCU dans ces questions? Je vous dirais, notamment pour les dérogations mineures, une certaine incompréhension de ce qu’est une dérogation mineure parce qu’on se demande ce qui est mineur et ce qui est majeur. On finit par saucissonner le dossier pour finalement en faire plusieurs petits projets. De cette façon, on dit que c’est une dérogation mineure parce qu’on l’a coupée en plusieurs parties. Une gestion à la pièce dans certains cas. Dans certains cas aussi, il y a du favoritisme envers certains demandeurs. À tel point que le projet de loi sur l’aménagement durable et l’urbanisme est en révision. Donc, la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme est en révision comme la Loi sur les biens culturels. On pense resserrer d’une façon très forte les règles d’attribution des dérogations mineures. Au niveau des kiosques, je pense qu’il a fallu attendre au moins deux générations pour que ça donne des résultats complets. Les membres sont actuellement mal préparés : ils ont peu de connaissances dans la gestion du plan de bâti. Les règlements ont été très flous durant plusieurs années. En d’autres mots, des objectifs mal définis, des critères non applicables. Le rôle des CCU est souvent mal compris et je dirais qu’il y a une gestion arbitraire au goût des membres du CCU. Finalement, on ne s’appuie pas trop sur les objectifs et les critères. Au niveau des sites du patrimoine, je dirais qu’il y a aussi eu peu d’intérêt de la part de la municipalité de peur d’être obligée d’accorder une aide financière aux propriétaires. Ce transfert vers les municipalités, ce transfert de responsabilités au monde municipal n’a pas toujours été couronné de succès. Mais, c’est vrai que depuis environ une quinzaine ou une dizaine d’années ça va un peu mieux. En conclusion, est-ce que les élus sont prêts à assurer le rôle qu’on veut leur voir jouer? Moi je vous dirais oui dans les grandes villes comme Lévis ou sans doute les villes comme Baie-St-Paul qui ont une tradition dans le développement culturel, dans la prise en charge du patrimoine. Des villes comme Québec, comme Saguenay. Mais, je pense qu’il n’y a rien de moins certain dans le cas des petites municipalités au Québec. Je vous poserais la question : est-ce que les membres du CCU connaissent quelque chose dans les savoir-faire? Est-ce qu’ils connaissent quelque chose dans les expressions? Est-ce qu’ils connaissent quelque chose dans les pratiques et les représentations fondées sur la tradition? Est-ce qu’ils savent ce qu’une communauté reconnaît comme faisant partie de son patrimoine culturel? Est-ce qu’ils sont en mesure d’identifier ce qui présente un intérêt public? Est-ce qu’ils sont capables d’évaluer l’importance d’assurer la sauvegarde, la transmission, la mise en valeur des savoirs-faires et des expressions? À mon avis, non. C’est là que votre rôle vient en ligne de compte. Dans le fond, sans la connaissance, il n’y a pas de reconnaissance possible. Il incombe à vous tous qui travaillez en patrimoine immatériel d’infiltrer les comités consultatifs d’urbanisme, de cotoyer vos administrateurs municipaux et les conseillers municipaux, si vous voulez vraiment que le patrimoine immatériel soit pris en charge dans la future loi sur le patrimoine culturel. Merci.</p>
<p><strong>M. Cherikian</strong> : Merci beaucoup monsieur Bourget. Madame Ouellet.</p>
<p><strong>Nathalie Ouellet</strong> : Alors bonjour! Je parle aussi au nom de deux chapeaux ce matin : comme responsable de la culture à la Ville de Lévis, mais aussi comme membre du comité consultatif Loisir, vie communautaire à l’Union des municipalités du Québec. L’Union des municipalités du Québec regroupe 282 municipalités, 37 MRC qui, elles, représentent un peu plus de 55% de la population du Québec. Ce matin, j’aurais aimé pouvoir voir présenter un topo d’ensemble de ces municipalités. Ça n’a pas été possible ni dans le temps, ni dans les ressources. Je vais faire quelques clins d’œil après avoir parlé à certains collègues sur des bons coups ou sur des défis que pose la loi 82. D’abord, j’aimerais vous dire que mes propos vont être largement inspiré de la Ville de Lévis qui compte 130 000 habitants, voisine, de l’autre côté du fleuve, de la ville de Québec. Cette année, on est en année de célébration : on souligne 375 ans de la seigneurie de Lauzon, 150 de l’ex-Ville de Lévis ainsi que 10 ans de la nouvelle ville parce qu’on fait partie des grandes villes fusionnées au début des années 2000. Cette année, on est également capitale culturelle du Canada, un choix qui a été fait de ce programme-là d’utiliser la fin des célébrations et le début 2011. Une des questions à laquelle on nous proposait de réfléchir ici était : « depuis combien de temps les municipalités interviennent-elles en patrimoine immatériel? » La réflexion que je me fais, si l’on considère le soutien que les municipalités apportent à la fois financier, technique et professionnel aux organisations – comme les Sociétés d’histoires, les Cercles de fermières, les instituions muséales, divers festivals ou manifestions plus traditionnelles – on peut dire que ça fait quand même un bon nombre d’années que les municipalités interviennent par le soutien qu’elles apportent à ces organisations. Est-ce que ça se fait de façon très structurée? La loi 82 nous invite à réfléchir à certains éléments. J’ai bien aimé les propos de monsieur Bourget. Je vais conclure un peu là-dessus parce que je partage vraiment votre avis sur la question. Mais, ce qu’on peut reconnaître, c’est qu’il y a quand même un certain nombre de gestes qui se posent par les municipalités. Des gestes qui tantôt sont basés sur des opportunités de valorisation du milieu par les personnes qui le composent; tantôt aussi par des gestes de sauvegarde, qu’on pense à des porteurs de tradition, à des gens qui sont sur notre territoire et qui ont la connaissance. Il y a aussi le fait qu’on se soit dit « ha! bien vite, il faut les interviewer avant que la vie les emporte » ou des fois dans des actions plus planifiées ou plus proactives. Je pense notamment aux politiques culturelles et, plus récemment, aux politiques du patrimoine pour lesquelles, dans une grande proportion de politiques au Québec, on aborde cette question de nos richesses du patrimoine et également de l’histoire et du patrimoine immatériel. Chez nous à Lévis, suite à la fusion en 2004, on a refait la politique culturelle. On a énormément exprimé que le soutien au patrimoine immatériel fait partie de nos orientations. On est en soutien auprès de nos partenaires. À Lévis, on a une soixantaine d’organismes culturels dont une vingtaine qui œuvrent en patrimoine. Et là, j’inclus les Cercles de fermières. On en a quand même un certain nombre sur le territoire. On a développé un nouveau programme de soutien financier pour reconnaître leur mission et leurs actions. Principalement, ce soutien financier se verse à une dizaine d’organismes pour un montant aux alentours de 60 000 par année. Ca a été quand même une grande avancée parce que, au départ de la fusion, plusieurs de ces organismes qui travaillent dans des missions de diffusion de l’histoire et du patrimoine ne recevaient pratiquement aucun argent. Dans les bons coups, j’aimerais souligner celui de Victoriaville parce que je parlais avec la conseillère municipale qui est responsable des dossiers culturels et elle disait qu’un de leur bon coup, c’est la tenue d’un événement annuel qui s’appelle les Fêtes victoriennes, qui relate l’histoire de l’époque victorienne de Victoriaville par des activités théâtrales. Plus près de moi, à Lévis, les prix du patrimoine, dont on est évidemment partie prenante. Je voudrais souligner que notre bon coup à nous comme Ville, c’est de soutenir l’organisme qui s’appelle la Maison natale de Louis Fréchette, dont je salue la présence d’une des administratrices ce matin. La mission de la Maison Louis Fréchette s’articule autour des écrits de Louis Fréchette et de l’art de raconter. Ça a donné naissance, il y a quelques années, au festival international du Conte Jos Violon qui permet vraiment de refaire vivre la tradition orale du conte dans des lieux publics culturels chez nous. C’est aussi le fun de constater qu’on est en train de traverser le fleuve avec des événements ou des actions qui se situent du côté de Québec. C’est le fun de rêver! Je pense qu’un jour le conte sera à Lévis ce qu’est la poésie à Trois-Rivières. Du moins, je le souhaite. L’autre élément pour lequel j’ai aussi une certaine fierté concerne le fait qu’on est gestionnaire du Service des arts du lieu historique national du chantier A. C. Davie. Le petit chantier A. C. Davie, celui dont on a commencé la construction et qui a donné naissance, après ça, au grand chantier de Lauzon. Je voudrais saluer le travail d’un membre de mon équipe, Diane Verret, qui a vraiment travaillé d’arrache-pied pour qu’on développe le réflexe d’aller chercher la connaissance. En fait, on a fait une série d’enquêtes ethnologiques auprès des travailleurs, des descendants de la famille de Lévis. On a fait des prises d’images qui nous servent maintenant dans la diffusion de certaines expositions. On a aussi concrétisé, en termes de diffusion, une exposition virtuelle qui s’appelle « Se gréer pour le chantier » où on présente la vie du chantier au quotidien. On a des extraits des travailleurs qui y étaient. L’autre élément, c’est d’être en proximité avec ces travailleurs toujours vivants qui sont maintenant à la retraite. On a commencé à animer le lieu en 2004 et, au quotidien, ces anciens travailleurs étaient présents. Tout le partage et le transfert de connaissances s’est fait de ces travailleurs auprès des guides interprètes. Ainsi, à chaque année, on en connaît un peu plus et on essaie de garder ça vivant. C’est aussi le fun d’avoir la présence de ces personnes sur le lieu. Ça donne une expérience de visite très différente pour les gens qui ont l’occasion de les rencontrer. Il y a aussi plein d’exemples intéressants. Je participais notamment à la Société des musées québécois dont le colloque de l’an dernier était sur le patrimoine immatériel. Je veux lever mon chapeau aux institutions muséales qui, elles aussi, commencent depuis quelques années à intégrer la notion du patrimoine immatériel pour soutenir leur propos ou les objets. De notre côté, on a aussi le train qui est très présent et pour lequel on va continuer à travailler. Je vais conclure en disant que, effectivement, la loi 82 présente une ouverture intéressante sur le patrimoine immatériel. Il y a plusieurs défis par contre : comment on va articuler l’identification? Comment on garde ça vivant? La réflexion que je me fais à la suite de l’intervention de monsieur Bourget c’est de se dire « oui c’est important que les municipalités puissent intervenir. On se sent l’instance la plus proche des citoyens. Par contre, il faut absolument que ça se fasse avec les gens qui ont l’expertise et la connaissance sur le territoire. » L’avenir de la compétence en rapport aux commissions d’urbanisme va être importante pour qu’on sache de quoi on parle. À l’intérieur des structures, il faut s’assurer qu’il y a une pertinence à nos grandes politiques où on a des projets ou des enjeux qui nous sont chers et que ça fasse sens. Et, nonobstant le fait qu’on puisse faire des citations, j’espère qu’on utilisera cet outil parce que je pense qu’il y a une place encore plus grande sur la possibilité des villes de citer, sur la possibilité d’être un petit peu moins timide à ce niveau.</p>
<p><strong>Michel de la Durantaye</strong> : Bonjour tout le monde. Je remercie le Conseil québécois du patrimoine vivant de m’avoir invité à prendre la parole et vous rencontrer. Je suis très content de vous rencontrer. J’ai sept points et cinq minutes donc ça va aller vite! Premier point : je reviens sur ce que certains de nos conférenciers ont dit concernant l’importance des politiques culturelles et du patrimoine. Je pense qu’il faut souligner l’effort. Depuis la nouvelle politique de 1992 au Québec, l’effort des municipalités, locales et régionales, en matière de développement des politiques. Certains conférenciers ont souligné l’importance qu’il faut accorder aux politiques. Vous devez vous positionner face aux politiques. Présentement, le projet de loi 82 essaie de positionner le patrimoine vivant, tant mieux. Mais, le positionnement du patrimoine vivant au niveau municipal va se faire dans la mesure où vous êtes mobilisés. En d’autres mots, il s’agit de la mobilisation de ce qu’on appelle les « parties prenantes ». Vous êtes des parties prenantes. Ça sera un corolaire : c&#8217;est-à-dire que plus vous serez mobilisés, plus votre présence sera reconnue dans les politiques du patrimoine ou les politiques culturelles, peut-être aussi dans des ententes de développement culturel. Les ententes sont une voie de solution. Ainsi, le premier point concerne les politiques et le deuxième, les ententes. Évidemment, il y a eu un effort financier de fait de ce côté. Si on parle des politiques, il faut avoir des politiques et des ententes : on en avait 51 en 1999 et on en a 157 en 2011. Il est donc possible de voir une volonté politique énorme. Il faut reconnaître cette volonté politique des municipalités. Maintenant, le patrimoine vivant doit s’intégrer non seulement aux textes des politiques, mais également dans les ententes. Ces jours-ci, le cadre de référence pour un partenariat durable avec les milieux municipaux a été sorti. Dans les exemples, on cite le patrimoine immatériel. C’est déjà un bon départ puisqu’on le donne en exemple. Ça veut dire qu’on attend des propositions pour des ententes culturelles avec le milieu municipal. Ainsi, le Ministère est ouvert, favorable et va en cohérence avec la politique. Le domaine des ententes de développement sera un endroit où il y a beaucoup d’ententes : 81 liant les Villes et MRC avec le Ministère et 26 entre le Ministère et les conférences régionales des élus. Il ne faut pas négliger les conférences régionales des élus. Dans les ententes de développement culturel, il faudra trouver des projets qui seraient soutenus par ces ententes. S’il y a un renouvellement des ententes, il faudra faire des pressions pour être positionné en termes de patrimoine vivant et immatériel. Depuis 1992-1999, on peut dire qu’il y a eu une petite révolution tranquille municipale au Québec. Je pense que le patrimoine vivant a toujours été là, mais doit être encore plus mobilisé que jamais. D’autres, par exemple le maire Fortin, ont parlé du réseautage. Il nous a notamment parlé de son réseau Les Arts et la Ville. La notion de réseautage est donc très importante. Il faut d’abord penser à la collaboration horizontale, entre vous, les organismes différents ou avec d’autres organismes plus proches et, ensuite, à la collaboration verticale entre différents niveaux de gouvernement. On espère qu’avec le projet de loi 82, il n’y aura pas de pelletage de responsabilités du niveau provincial vers le niveau municipal et qu’on ne se fiera pas seulement sur les bénévoles ou sur la mobilité et la compétence de nos organismes pour assumer. Il faudra que le Ministère continue d’aider. Il faudra qu’il reconnaisse de plus en plus vos compétences. Il faudra peut-être qu’il mette sur pied des fonds spéciaux pour les municipalités et les organismes qui seraient plus proches de vos préoccupations. Il faudra qu’il continue à faire de l’accompagnement technique, financier et autre. Ça nous amène à souligner un autre point : il y a une inégalité de moyens sur tout le territoire québécois. Il y a aussi bien sûr une iniquité fiscale. Selon le CDE, le monde municipal est celui qui souffre le plus d’iniquité fiscale, plus encore que le fédéral et le provincial. Dans ce sens, les villes et les régions ne sont pas toutes sur le même pied d’égalité et il faudra – Clermont en a parlé tout à l’heure avec les CCU et les comités locaux du patrimoine – que les régions, le Ministère et les ententes de développement vous soutiennent. Il y a également la notion de mobilisation des milieux. Cette notion est importante. Je pense que les moyens financiers vont être de plus en plus rares, semble-t-il de ce qu’on entend des gouvernements. Les gouvernements sont portés à couper. Il ne faudra donc pas non plus que des développements soient bloqués parce qu’ils coupent. Il y a des menaces. Si on veut des reconnaissances et des identifications, on fait face à des défis. Bien sûr, quand on a une politique, l’agent culturel peut… En fait, on peut embaucher un agent culturel en invoquant la politique, en se servant des ententes de développement culturel. C’est sûr que ce nouveau comité, qui sera mis sur pied concernant le patrimoine local, aura une influence, mais il devra être très mobilisé et devra mobiliser les autres milieux, les sensibiliser au patrimoine immatériel et vivant. D’autre part, il y a des institutions en région – même si les gouvernements disent qu’ils sont de moins en moins riches paraît-il – il y a quand même des universités, des collèges, des institutions muséales, des associations de toutes sortes, vos sociétés patrimoniales d’histoire et de sauvegarde. Bien sûr, on parle également du CCU et des comités du patrimoine local, mais on parle aussi de commissions culturelles, de comités de sauvegarde, des conseils locaux du patrimoine. Il faudra réseauter tout ces gens-là pour obtenir un lobby culturel, un lobby du patrimoine vivant. Si on n’a pas le lobby, on a beau avoir des gens sympathiques tels que le maire Fortin, à un moment donné il y a d’autres pressions sur les maires. Il y a beaucoup de demandes. On dit souvent que les maires ont des pressions par les PPP. Non pas les PPP comme on connaît, mais plutôt Pipe, police and pavement. Donc, si on veut se glisser entre le Pipe, police and pavement – puisqu’on est aussi un P aujourd’hui : P vivant, P immatériel –, il va falloir être mobilisé davantage. Il va falloir faire appel à nos alliances. Peut-être que ça serait intéressant de faire des partenariats par projet. Monsieur le maire en a parlé. La notion de partenariat par projet sera très importante. Autrement dit, il faut trouver des alliés et des partenaires pour mettre de l’avant nos projets. Ainsi, pourquoi pas des universités, des collèges ou d’autres organismes? On pourra peut-être y revenir, mais je ne veux pas prendre plus de temps.</p>
<h3>PÉRIODE DE QUESTIONS</h3>
<p><strong>Vartan Cherikian</strong> : Je vous demanderais d’être très court et bref avec vos questions pour qu’on puisse avoir assez de temps pour répondre. Merci.</p>
<p><strong>Participant 1</strong>: Bonjour, Audray Bordeleau, Centre du patrimoine vivant de Lanaudière. Moi, ce n’est pas tant une question dont je voudrais parler. J’aimerais en fait vous témoigner quelque chose. C’est qu’on a beaucoup parlé des villes et puis je suis native d’un petit village de 2200 habitants qui est Saint-Côme. C’est un village dans le nord de la région de Lanaudière. Ce village est très riche et très fort de son patrimoine vivant. Il a d’ailleurs été nommé capitale québécoise de la chanson traditionnelle. La municipalité de Saint-Côme a décidé, en 2007, de faire l’acquisition du presbytère. On m’a demandé à l’époque de mettre sur pied un projet où le patrimoine vivant serait mis à l’honneur dans le village et dans la région de Lanaudière. Donc, depuis 2008, le Centre du patrimoine vivant de Lanaudière existe et est soutenu, dans la grande partie, par la municipalité de Saint-Côme. Donc, ils ont fait un choix, ils se sont positionnés. On est maintenant deux personnes à temps partiel dont le salaire est totalement assumé par la municipalité ainsi que nos locaux et nos frais de fonctionnement. De ce fait, c’est vraiment une volonté municipale. Il a aussi été décidé de se doter d’un volet plus culture. On a la chance d’avoir Mélanie Marion, notre représentante qui est conseillère municipale, qui s’occupe du Centre du patrimoine vivant de Lanaudière. Ainsi, je trouve ça important de mentionner que ce ne sont pas nécessairement juste les villes, mais que les petites municipalités peuvent aussi prendre ce type de décisions. Nous, on est maintenant un organisme régional. Le siège social est à Saint-Côme, notre enracinement est à Saint-Côme, mais on a des actions sur l’ensemble du territoire de la région de Lanaudière. C’est aussi très important le discours parce que vous savez comme moi que le patrimoine vivant c’est très difficile à vulgariser et que ça se vit. Donc, l’important c’est ça. Ce qu’on a créé c’est un outil qui s’appelle « Avez-vous le patrimoine vivant? » C’est un atelier sous forme de jeu ludique où les gens sont amenés à parler de leur patrimoine vivant, de leur identité, que ce soit familial ou autre. Cet atelier a été présenté à l’ensemble des conseillers municipaux et à partir de là, je peux vous dire que ça a eu un effet assez choc dans le sens où les gens nous ont soutenus. Ils nous ont fait confiance dès le départ, mais sans trop savoir dans quoi ils s’embarquaient. Puis, ils ont aussi compris ce que c’était le patrimoine vivant par les actions qu’on fait régulièrement. Je voulais juste vous partager les actions de notre organisme puisque c’est quand même une volonté municipale.</p>
<p><strong>M. Cherikian</strong> : Merci. D’autres questions?</p>
<p><strong>Participant 2</strong> : Oui, j’aurais aussi une question. Je suis très d’accord avec M. Bourget dans le sens où, quand on a eu accès pour la première fois au livre vert dans lequel ça disait que ce sont les municipalités qui allaient s’occuper du patrimoine immatériel, les cheveux m’ont dressé sur la tête. Parce que, étant de Lanaudière moi-même, je n’ai pas du tout accès au même genre de conseil municipal. Il n’est pas du tout sensibilisé à la culture. Alors, est-ce qu’à l’Union des municipalités vous faites quelque chose pour sensibiliser les maires à l’importance de la culture dans un milieu municipal, qu’il soit petit, moyen ou grand?</p>
<p><strong>Andrée Lapointe</strong> : Je vais vous répondre que, effectivement, le fait que l’Union des municipalités ait une commission consultative, c’est un premier geste de sensibilisation. Il y a aussi l’introduction des anciens de la culture aux assises annuelles. Par contre, on est aussi étroitement en lien avec le réseau Les Arts et la Ville qui est un porteur percutant au niveau des élus. Le défi est souvent que les élus qu’on retrouve au sein des Arts et de la Ville sont des élus qui sont convaincus. Ils viennent chercher au sein des Arts et la Ville un argumentaire, des appuis pour savoir comment convaincre les autres élus. Donc, oui je pense qu’il y a une ouverture à le faire. Cependant, dans le milieu culturel, c’est vrai pour les municipalités, on a toujours notre bâton de pèlerin à traîner, réimporter, c’est-à-dire qu’il faut réaffirmer l’importance de la culture et ses impacts. Je pense que c’est quelque chose qui caractérise le milieu culturel et qui va devoir être maintenu parce qu’aux quatre ans le visage des décideurs changent. Alors, d’une certaine façon, c’est un éternel recommencement. Par contre, plus les citoyens sont sensibilisés, plus on a des citoyens impliqués dans les organisations et, de façon générale, une ouverture de la population. Le rôle d’un élu, souvent, ils sont influencés par leurs électeurs, par les gens qu’ils desservent. Donc, plus les gens sont sensibles et le manifestent, plus je pense que la pensée va évoluer. Ça va permettre de continuer d’affirmer ça un peu plus haut, un peu plus fort.</p>
<p><strong>Jean Fortin</strong> : J’aillais le dire, mais elle l’a dit! Le réseau Les Arts et la Ville c’est son objectif d’asseoir à une même table des élus avec le milieu culturel. C’est de se parler, de développer un langage commun, de faire valoir des initiatives. Le rôle de notre colloque à chaque année – cette année il va être à Sainte-Thérese à la fin mai – c’est encore qu’il y ait des initiatives locales entre les intervenants. Des intervenants et aussi des élus. On veut faire valoir les bons coups. L’idée c’est d’encourager. Quand vous dites que ça vous a presqu’un peu choqué que les élus municipaux s’occupent du patrimoine immatériel, je vous réponds que moi non! Au contraire, je vous comprends d’être inquiète. Mais, je peux vous dire que je suis conseiller municipal et maire depuis 1989 – et je me promène dans les réseaux culturels, mais également politiques – je dois vous dire qu’il y a eu une évolution extraordinaire. Une ouverture à la fois dans les villes, mais maintenant aussi on le voit dans les petites municipalités par rapport à ce qu’on vient d’entendre. Il y en a maintenant d’autres des initiatives. C’est sûr que des fois c’est plus long avant que les élus en viennent à comprendre, à voir ce que ça a d’important. Cependant, je pense que c’est une très bonne chose que des responsabilités aillent vers les élus parce que ça va les responsabiliser. Il faut que ça passe par là. Mais, comme Clermont a dit tantôt, il ne faut pas que les intervenants là-dedans oublient de ne pas lâcher le lobby pour continuer de travailler auprès d’eux. Je pense que dans les localités, pour que quelque chose vienne à marcher, il faut que vous ayez l’adhésion des élus. C’est bien beau d’avoir de l’initiative, mais il faut que tu aies une adhésion des élus. Donc, on a des mécanismes qui font qu’ils vont l’être encore plus. Il ne faut pas oublier non plus le réseau municipal. Vous savez, il y a aussi des MRC. Chez nous, ma MRC est un partenaire extraordinaire qui travaille très fort en culture et en patrimoine. Ils ont eu un agent VVAP et nous on continue dans cette voie. Ils ont fait des initiatives comme les Patrimoniacs qu’ils les appellent. Il y a les camps de jours où des shows sont réservés uniquement aux enfants pour découvrir le patrimoine. C’est la MRC qui a fait ça. Autour de la MRC, les maires sont là. Parfois, tu as des maires qui sont « culture zéro » et disent « ferme la bibliothèque parce que ça ne donne rien. » Aujourd’hui, tu peux leur parler dans le casque, ils sont assis avec toi. Il ne faut pas oublier que ce sont des élus qui sont présents. Il y a un réseau d’élus où on peut faire valoir des choses. Je pense que ce n’est pas gagné, mais que c’est un plus. Je pense que les élus sont maintenant incontournables. Mais, il ne faut pas lâcher de votre côté et les brasser un peu… Pas moi là, mais les autres!</p>
<p><strong>Participant 3</strong> : J’aimerais jute faire un petit ajout sur ce qui vient d’être dit. N’hésitez pas à investir le monde municipal, le congrès de la Fédération québécoise des municipalités, de l’UMQ, l’union des municipalités du Québec. Il y a aussi des salons. Je veux dire que je verrais très bien les organismes en patrimoine vivant ou en patrimoine immatériel avoir un kiosque dans ces salons. Moi, quand je vais au conseil municipal de mon petit bled, il n’y a personne en patrimoine vivant. Ce sont des gens qui viennent pour des questions de trottoirs, de voiries, etc. Il faut que les gens investissent ces milieux-là. On prêche entre convertis, alors il faut aller chercher des adhésions. Comme disait monsieur Fortin, je pense que c’est par le municipal que se trouve, je dirais, la clé de voûte pour être capable de mettre en valeur le patrimoine immatériel.</p>
<p><strong>M. Fortin :</strong> D’ailleurs, nous, avec Les Arts et la Ville, on est maintenant dans les congrès municipaux. Il y en a un où on a un kiosque et où les élus sont invités à venir nous rencontrer. Effectivement, c’est un des moyens. Il y en a d’autres, mais celui-là en est un qui est important.</p>
<p><strong>M. Cherikian</strong> : D’autres questions?</p>
<p><strong>Participant 4</strong>: Bonjour! Jean-Pierre Chenard, Centre de valorisation du patrimoine vivant, organisme qui est basé à Québec et qui travaille depuis très longtemps avec la Ville de Québec. Nous, on n’a pas vraiment à se plaindre. Je pense qu’au niveau de la ville, on a toujours été bien reçu. Mais, je voudrais parler aussi des prix du patrimoine parce que je travaille avec Andrée là-dessus. C’est vrai qu’à force de travailler au niveau des MRC avec les agents de développement culturel, on a réussi à faire passer des notions, un nouveau langage, une nouvelle perception. C’est beaucoup plus facile maintenant de les approcher et de leur parler. Quand on parle de lobby, aujourd’hui on a un coprésident de l’Union des municipalités? Des villes et des Arts?</p>
<p><strong>M. Fortin</strong> : Les Arts et la Ville.</p>
<p><strong>Participant 4</strong>: Il y a le président, ici, du Conseil québécois du patrimoine vivant. Vous devriez vous parler. Vous avez beaucoup de choses à vous dire!</p>
<p><strong>M. Fortin</strong> : On va sûrement se parler!</p>
<p><strong>Participant 5</strong>: Gilles Garand, vice-président du Conseil québécois, président de la Société pour la promotion de la danse traditionnelle québécoise. Moi, je suis fier de cette rencontre de ce matin. Ça fait depuis 1992 que plusieurs personnes ici dans cette salle travaillent à la valorisation de ce patrimoine dans différentes manifestations, organisation d’événements, écriture, collecteur – toutes les formes de valorisation et de mise en valeur. Ça fait des années qu’on rêve. On rêve d’être capable de faire en sorte que cette richesse naturelle, le développement durable qu’est la culture du patrimoine vivant, s’enracine dans ces milieux d’existence que sont les villages, les municipalités et maintenant les MRC. En d’autres mots, dans toute la structure politique que le Québec s’est donnée, ce que je comprends de ce matin, c’est qu’il y a une immense ouverture avec le projet de loi qui est sur la table – qui va certainement être adopté dans les prochaines semaines, d’ici la fin du printemps – et que nous avons une complicité, un timing fantastique entre les municipalités, les unions de municipalités, Les Arts et la Ville et le Conseil québécois et ses intervenants des différents milieux, des différentes régions, des différentes organisations. On a un rendez-vous où on peut maintenant élaborer à partir des expériences qui ont été acquises, qui se sont faites les dernières années. On en a plein de beaux exemples. Dans ce rêve pour lequel on travaille avec des énergies incroyables, on pourrait peut-être s’inviter comme organisme à faire une présentation sur ce qu’on est, comment on voit, comment on pourrait travailler ensemble à se complémentariser. Moi, je suis à Montréal. Je pourrais dire qu’on est bien soutenus par la ville de Montréal. On travaille très fort. On a la médiation culturelle, le festival, la diversité culturelle et on va chercher toutes les enveloppes possibles. Les petites enveloppes, quand on les cumule, finalement ça fait un budget qui commence à être intéressant. En même temps, on travaille aussi avec les autres réseaux. Par exemple, [11 : 57] notre SEVEC dans les régions CSCLD. Il y a des enveloppes dans l’économie sociale. Il y a pleins de volets avec lesquels on peut travailler pour développer d’une façon durable notre patrimoine vivant. Je pense qu’on est à ce carrefour maintenant. Je vais vous suggérer, je vous invite à nous inviter pour qu’on travaille ensemble!</p>
<p><strong>M. Fortin</strong> : Je voulais juste faire peut-être une petite remarque. Je ne sais pas s’il y a un bémol à ce niveau. C’est bien beau de travailler ensemble, c’est merveilleux. Non… Mais. je ne sais pas et je ne veux pas… Il n’y a pas de représentant de la FQM. Il ne faut pas oublier qu’il y a aussi une Fédération québécoise des municipalités qui représentante les MRC. Il y en a à l’UMQ également. C’est parfois complexe le milieu municipal au Québec. Mais, la FQM n’est pas là. Elle représente plusieurs petites municipalités et celles-ci ne sont pas là. Je ne veux pas commencer à questionner ce fait. Je ne sais même pas s’il y a un lien. Néanmoins, c’est une organisation importante et la question des petites municipalités, on en a parlé je pense. C’est une question importante sur les ressources, les possibilités et sur l’adhésion de ces organisations. C’est très important d’avoir également cette adhésion pour qu’il y ait quelque chose qui arrive. Moi, en tout cas, je ne sais pas quelles ont été les démarches par rapport à ça, mais il faut quand même peut-être mettre un petit bémol à ce niveau. On a encore du travail à faire.</p>
<p><strong>Mme Ouellet</strong> : Par contre, je voudrais juste compléter en disant que, dans le cadre de la vision des ententes de développement culturel, c’est à la fois le ministère de la Culture lié aux municipalités, la FQM (la Fédération québécoise des municipalités) qui ont travaillé ensemble. Donc, quand on disait que le volet du patrimoine immatériel se retrouvait dans des ententes, je pense que les deux unions ont bien fait leur travail à ce niveau.</p>
<p><strong>Participant 6</strong>: Célia Forget, ethnologue. Je voudrais reprendre un point que vous avez mentionné, monsieur de la Durantaye, par rapport à la coopération entre les municipalités et les universités ou les universitaires. Je sais, pour avoir collaboré avec monsieur Bluteau, qu’à Québec ça se fait. Mais, j’en profite avec la table ronde pour poser la question directement à vous pour savoir qu’elles seraient ces possibilités au niveau d’une collaboration ou à quel niveau allait le projet de loi.</p>
<p><strong>M. de la Durantaye</strong> : Je pense que par rapport aux universités, il y a des collaborations en termes d’expertise qu’on retrouve très souvent. Mais, il peut aussi y avoir des collaborations en termes de bénévolat. On parle du réseau Les Arts et la Ville, moi j’ai collaboré cinq ans sans être sur le CA et cinq ans sur le CA. Donc, ça fait 10 ans et ça m’a fait plaisir de transmettre des connaissances. On partage nos connaissances. Concernant les régions, d’après moi, c’est sûr qu’il faut rencontrer les autorités des universités parce que je sais que les autorités sont très ouvertes à siéger, par exemple, sur des corporations au développement culturel ou des choses comme ça. Elles sont déjà très ouvertes, mais en ayant un lobby qui vient voir les vice-recteurs ou les recteurs, rectrices pour leur expliquer leurs intentions, en général en étant sensibilisés, ils vont parler à certains de leurs professeurs pour leur demander s’ils ne pourraient pas collaborer. C’est sûr que dans la mesure où il y a des projets, s’il y a des consortiums, de l’inter-projet ou des consortiums de projet, là effectivement c’est plus facile de convaincre les autorités de demander à ce que leurs compétences dans le milieu – que ce soit des cégeps, des collèges ou des universités – puissent collaborer. Plus les projets sont précis, plus il y a des ouvertures et il y a alors des ententes entre les milieux et les universités, même aussi régulièrement des protocoles d’entente. Je sais qu’à Trois-Rivières, concernant les premiers quartiers, c’est un laboratoire de recherche, de travail, d’application. Je pense que maintenant on ne peut pas parler de tour d’ivoire. Je pense que les universitaires ont compris qu’ils doivent être extrêmement sensibles au partage de connaissances, au transfert de connaissances. Et, pas toujours sous forme « d’expertise de consultant », mais aussi en termes d’implication. Sauf que, effectivement, il faut aller voir les directeurs de département ou les responsables d’universités et leur parler des projets. En ayant des projets, c’est toujours plus concret à vendre à un prof ou à un autre.</p>
<p><strong>M. Bluteau</strong> : Pour la question des inventaires, j’aimerais ajouter que pour l’identification des patrimoines immatériels, c’est un élément tout à fait important. Je constate que dans mon service nous avons une expertise très solide dans l’identification du patrimoine bâti. Maintenant, avec les nouvelles notions de patrimoine, on va vers le paysage, vers d’autres notions, les percées visuelles, etc. Mais, il faut aussi intégrer le patrimoine immatériel dans cet inventaire. Alors, l’un ne va pas sans l’autre. Ainsi, les institutions universitaires et les organismes sont très importants. Je retiens les propos que tu as dits tout à l’heure, la question de bien identifier ce qu’est le patrimoine immatériel dans toutes ses possibilités. C’est actuellement un défi pour les municipalités parce que, même si on a fait des efforts importants antérieurement, la notion est nouvelle. Elle est beaucoup plus globale et ça pose la question : qu’est-ce qu’on reconnaît exactement? Comment on le reconnaît? Quelles formes de soutien ça pourrait prendre? Vous savez, les municipalités ce sont les programmes d’aide, les programmes de subventions et pour les mettre en place il faut les identifier, il faut les quantifier, etc. Alors, c’est toute une démarche. Mais, en même temps, il faut voir avec les organismes qu’est-ce qu’on reconnaît, comment faire. Je pense que vous avez un rôle important, dans le cadre de la loi 82, de dire aux municipalités d’intégrer le patrimoine immatériel. Ça coûte très cher sauver un bâtiment patrimonial. Si on le coupe de son identité, de ce qu’il représente dans la société et de son identification en tant que patrimoine immatériel, on se coupe d’une réalité importante. Donc, il faut que l’un et l’autre travaillent ensemble. Mais, j’espère qu’avec les municipalités on pourra faire le plus possible un lien avec la culture et le développement culturel en général pour être en mesure de soutenir davantage nos organismes qui œuvrent dans la culture traditionnelle ou la culture vivante, la culture actuelle et aussi le patrimoine. Alors, normalement, on fonctionne beaucoup en silo, mais il faut se parler. Même nous, il faut vraiment enclencher des dialogues importants entre nos différents services parce que les services d’urbanisme ou les services d’aménagement du territoire ne se parlent pas nécessairement et il en va de même avec les services de la culture. Tant qu’on a des champs complémentaires, c’est un défi pour nous aussi.</p>
<p><strong>M. Cherikian</strong> : Une dernière question? Il nous reste cinq minutes seulement.</p>
<p><strong>Participant 7</strong>: Merci de me donner la parole. Je viens de la capitale voisine à l’ouest : Toronto. Chez nous, nous avons beaucoup de culture. Nous avons un plan de la culture. Nous avons même une directrice de la culture, mais nous n’avons pas de patrimoine immatériel. Alors, je vous demande à vous tous : quels conseils est-ce que vous donnez à Toronto pour lui traduire la culture en patrimoine immatériel? En cinq minutes!</p>
<p><strong>M. Bluteau</strong> : Le seul conseil que je vous dirais, c’est de consulter vos partenaires, vos citoyens et les différentes communautés qui composent votre immense ville. Vous n’avez pas seulement un patrimoine propre à la culture canadienne, mais avez une panoplie de communautés culturelles qui composent la grande ville de Toronto. Je suis convaincu que ces patrimoines-là seraient un enrichissement pour l’ensemble de la communauté torontoise. Je vous dirais : ouvrez vos portes à vos communautés culturelles! Ouvrez les portes aux différentes expressions de la culture qui existent à Toronto. Comme nous à Québec, même si on se dit qu’on est pas mal unilingue français, il y a quand même une présence de communautés culturelles dans notre milieu qu’il faut considérer, qu’on doit de plus en plus intégrer dans notre culture.</p>
<p><strong>M. Cherikan</strong> : Merci beaucoup. Donc…</p>
<p><strong>Une voix</strong> : [? 20 :55]</p>
<p><strong>M. Fortin</strong> : Vous comprendrez qu’on ne peut pas comparer Baie-St-Paul à Toronto!</p>
<p><strong>Une voix</strong> : Là, on est vraiment dans la [? 21 : 14]</p>
<p><strong>M. Fortin</strong> : Oui, Linda peut-être, mais moi… Ha oui, c’est vrai! Je sais que Linda va probablement vous répondre. Je veux juste vous dire quelque chose : je pense qu’il faut qu’il y ait une volonté politique. Vous disiez que vous avez un nouveau maire que je ne connais pas. Maintenant, il y a une volonté politique, mais pour qu’il y ait cette volonté, c’est sûr que ça ne vient pas toujours facilement. Parfois, on est chanceux! C’est quelqu’un qui est déjà intéressé. Mais, quand les gens ne le sont pas, je pense qu’il y a un gros travail à faire de la part du milieu. Il y a un travail à faire de la part des gens qui y croient pour faire valoir des choses auprès des élus du secteur parce que, comme Marc-André disait tantôt, il y avait des richesses extraordinaires là-bas. Peut-être que Montréal serait de meilleur conseil que Baie-St-Paul par rapport à ça. Par contre, Linda voudrait peut-être répondre?</p>
<p><strong>M. Cherikian</strong> : Peut-être. Ça sera une question ou une réponse?</p>
<p><strong>Participant 8</strong>: Oui! En fait, c’est une réponse, mais c’est des pistes de réponse. On a un projet avec l’Association francophone française des municipalités de l’Ontario qui est un projet d’appui à l’initiative culturelle et qui va faire le tour de six municipalités francophones de l’Ontario. Ça va être un projet pilote et je sais que pour ces personnes, l’idée en faisant le projet pilote est d’appuyer le développement culturel dans les municipalités francophones. Il y a aussi autre chose. Il y a Creative cities qui existe, qui n’est pas tout à fait comme Les Arts et la Ville parce qu’ils ne regroupent que les villes alors que nous regroupons les municipalités et le monde culturel, mais qui ont aussi ce qu’ils appellent un tool kit qui est l’équivalent de la valise culturelle si on veut. Creative cities est par contre plus en silo – nous, on a une vision culturelle qui est plutôt horizontale, donc qui s’insère un peu partout dans les domaines – mais l’organisation est quand même accessible et peut aider certains élus. Je connais une conseillère municipale qui travaille avec la valise culturelle. Quand elle va en conseil municipal, elle l’a à côté d’elle parce que ça l’aide à définir les choses puisque le vocabulaire est inscrit. Ça aide à dire quels sont les moyens qu’on peut prendre. Alors, c’est un autre moyen. Vous avez aussi d’autres municipalités qui ont des pratiques et qui peuvent vous inspirer. On va sortir, dans quelques mois, une publication sur les pratiques exemplaires dans les municipalités. Ce n’est pas un document sur « qui est-ce qui a obtenu le plus d’argent? » C’est plutôt « comment des municipalités avec des problématiques assez sérieuses ont réussi malgré tout, en se mobilisant, en développement des alliances, à faire un projet culturel structurant dans leur municipalité. » Alors, ce sont des pistes. Il y en a d’autres, mais ce sont quelques-unes de celles qu’on peut offrir.</p>
<p><strong>Participant 9</strong>: Il y a 50 000 francophones à Toronto et nous avons une communauté francophone.</p>
<p><strong>Une voix</strong> : À retenir!</p>
<p><strong>M. Cherikian</strong> : Merci beaucoup. En terminant, je remercie tous nos intervenants qui sont ici. Ils sont disponibles pendant l’heure du dîner.</p>
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		<title>Table ronde ethnologie</title>
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		<pubDate>Wed, 02 May 2012 17:16:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Documents]]></category>
		<category><![CDATA[Recherche ethnologique]]></category>
		<category><![CDATA[Tables rondes]]></category>

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		<description><![CDATA[Le rôle de la recherche ethnologique dans la vitalisation de la culture traditionnelle Dans le cadre du colloque international CQPV 2011 sur Les mesure de soutien au patrimoine immatériel: gouvernements, institution et municipalités. Québec, 17 avril 2011 MARC BOLDUC, modérateur PIERRE CHARTRAND directeur du Centre Mnémo MARCEL BENETEAU coordonnateur du Département de folklore et ethnologie [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Le rôle de la recherche ethnologique dans la vitalisation de la culture traditionnelle</h3>
<p><strong>Dans le cadre du colloque international CQPV 2011 sur <em>Les mesure de soutien au patrimoine immatériel: gouvernements, institution et municipalités</em>.</strong><br />
<strong>Québec, 17 avril 2011</strong></p>
<p>MARC BOLDUC, modérateur<br />
PIERRE CHARTRAND directeur du Centre Mnémo<br />
MARCEL BENETEAU coordonnateur du Département de folklore et ethnologie de l’Amérique française (Université de Sudbury), membre de la direction du Centre franco- ontarien de folklore &amp; président de l’Association canadienne d’ethnologie et de folklore<br />
CELIA FORGET chargée de cours en ethnologie (Université Laval) &amp; consultante en patrimoine,<br />
CHARLES QUIMBERT vice-président, Fédérations des associations de musiques et danses traditionnelles &amp; directeur de Dastum (France)<br />
DANIELLE MARTINEAU Centre du patrimoine vivant de Lanaudière</p>
<h3>Synthèse des débats par Cassandre Lambert-Pellerin:</h3>
<p>Plusieurs thématiques intéressantes ont été abordées par les participants à la table ronde sur le rôle de la recherche ethnologique (collecte, analyse et documentation) dans la vitalisation de la culture traditionnelle. Le discours de chacun, articulé autour d’exemples propres à leur milieu de pratique, de recherche et d’action, a mis de l’avant des questionnements et des réalités que tous partagent.</p>
<p><strong>La collecte : son rôle hier et aujourd’hui</strong></p>
<p>La collecte a toujours tenu un rôle fort important dans la recherche sur la culture traditionnelle. Pierre Chartrand en a fait un rapide historique. Si les travaux de recherche se résumaient, dans les années 1950, à de vastes enquêtes visant à collecter le plus de danses, de musique, de chants possible, les résultats de ces travaux étaient utilisés comme référence dans les décennies 1970 et 1980 : un groupe de musique souhaitait parfaire son répertoire, on allait dans un centre d’archives et y trouvait de nouvelles chansons à ajouter à son répertoire. Les années 1980 et 1990 laissent apparaître une professionnalisation du monde de la musique traditionnelle, entrainant ainsi une vague de création de plus en plus présente. Le résultat de collectes sont désormais plutôt un point de départ pour les praticiens, qui ne se réfèrent plus autant aux travaux des ethnologues pour bâtir leur répertoire. « La collecte, pour moi, c’est le terreau dans laquelle pousse la fameuse plante et la création comme une autre branche : il y a ceux qui restent et qui veulent reproduire, d’une façon ou d’une autre – on voit toujours de façon personnelle le répertoire collecté &#8211; et il y a ceux qui créent. La création peut être nourrie aussi évidemment par la collecte. »</p>
<p>Marcel Bénéteau reconnaît aussi le grand travail de collecte qui a été réalisé en Ontario francophone, entre autre par le père Germain Lemieux. Cependant, il note un effet pervers que les travaux de collectage du passé peuvent avoir sur le présent : l’idée qu’on n’a plus besoin de s’intéresser aux traditions, de continuer la recherche, puisque les chercheurs ont déjà collecté. Le patrimoine est « sauvé », on finit donc par s’en désintéresser.</p>
<p>Si les grandes collectes ethnographiques ont été d’une importance capitale pour le développement de la recherche en ethnologie, il est cependant nécessaire de donner une nouvelle lancée à la recherche sur la culture traditionnelle afin d’en faire reconnaître sa pertinence.</p>
<p>Comme le souligne Célia Forget, le travail d’inventaires qui a été réalisé à ce jour a permis de réfléchir sur le patrimoine immatériel dans sa dimension de collecte et de sauvegarde, mais pas réellement dans une optique de valorisation. Il est difficile de répondre à la question Comment mettre en valeur le patrimoine immatériel? en s’arrêtant à l’étape du collectage. Voilà pourquoi il est important de penser la recherche ethnologique dans une perspective de recherche-action, une recherche qui implique dès le début les acteurs du milieu dans laquelle elle se déroule et qui vise comme finalité à la recherche une action culturelle. Forget a la chance d’enseigner cette forme de recherche à l’Université Laval grâce au cours de formation pratique Traditions et actions culturelles.</p>
<p>S’il est vrai que les recherches actuelles en ethnologie travaillent de plus en plus en ce sens, il ne faut pas pour autant évacuer les résultats des collectes et inventaires effectués depuis une soixantaine d’années. Les centres d’archives regorgent de données qui sont souvent difficiles d’accès. Comme le dit Pierre Chartrand, il y a un travail important à faire sur la création d’outils adéquats et performants pour permettre une consultation adaptée aux habitudes de recherche des nouvelles générations. À ce sujet, le Centre Mnémo a comme projet de fédérer les centres de documentation afin d’en rendre le contenu, ou d’abord le catalogue, disponible sur Internet. Il demeure donc encore de nouvelles avenues à explorer pour lier la communauté au patrimoine immatériel dont il est issu.</p>
<p><strong>L’importance des liens entre le milieu de la recherche, de l’enseignement et de la pratique</strong></p>
<p>Si une idée est récurrente parmi le discours des participants, c’est bien l’importance de la synergie entre les milieux universitaires (enseignement, recherche) et les milieux associatifs (pratique). Pierre Chartrand et Charles Quimbert rappellent tous deux que plusieurs générations de chercheurs en ethnologie (comme eux-mêmes d’ailleurs) étaient également praticiens, mais que cette tendance se modifie et il faut travailler pour que ces mondes ne s’éloignent pas. Comme le dit Charles Quimbert, « sauvegarder, vitaliser, c’est promouvoir une pratique. » Il est nécessaire de conserver des liens entre les expertises. Danielle Martineau présente ainsi la mission du CPVL : un travail de recherche, mais inscrit et ancré dans l’expérience et dans l’action.</p>
<p>Marcel Bénéteau parle du besoin de cohésion, surtout dans un milieu minoritaire. Il se réjouit donc des liens nouvellement créés entre le baccalauréat en folklore de l’Université de Sudbury et le centre franco-ontarien de folklore. La recherche sur le terrain, mise en place en collaboration par les deux institutions de Sudbury, permet aux jeunes une première prise de conscience de la richesse et de la présence de patrimoine immatériel dans leur communauté, selon Marcel Bénéteau une première étape de valorisation du patrimoine.</p>
<p>Lorsque Célia Forget explique le processus de réalisation d’une recherche-action, elle insiste également sur l’importance des liens entre les différents univers : celui des chercheurs et celui sur lequel les chercheurs travaillent. « Je pense qu’il est essentiel, et je pense que ce colloque l’a bien montré, de lier les univers, les différents univers, qu’ils soient politiques, universitaires ou des acteurs sur le terrain, pour que ces actions culturelles puissent vraiment voir le jour et puissent s’implanter et perdurer dans le temps, pour que le patrimoine immatériel puisse exister. »</p>
<p><strong>Les effets de la recherche sur les porteurs de tradition et sur le public</strong></p>
<p>L’impact le plus important de la recherche ethnologique demeure l’effet qu’elle a sur les porteurs tradition selon Pierre Chartrand. Leur rappeler la valeur de leurs savoirs en s’y intéressant. Marcel Bénéteau a aussi été confronté à ce préjugé que les porteurs ont envers eux-mêmes : « Quand j’ai commencé à faire des enquêtes sur la chanson dans mon coin , les gens, ils me sortaient les cahiers de la bonne chanson et j’expliquais « non, ce n’est pas ça que je veux. » Et puis là, ils me disaient « bien, on avait des vieilles chansons, mais tu ne veux pas entendre ça. » Mais, alors, je pense que c’est, comme je dis, c’est une première mise en valeur. Les gens réalisent qu’ils ont quelque chose d’important. » C’est pourquoi, l’équipe du CPVL a choisi de mettre de l’avant les valeurs des personnes avec qui ils travaillent pour valoriser les personnes qui possèdent des savoirs.</p>
<p>Si la recherche a un effet sur les porteurs de tradition, elle donne aussi une légitimité aux pratiques et favorise la valorisation auprès d’un public plus large. Pierre Chartrand rappelle l’intérêt renouvelé pour la danse suite à la réalisation de capsules télévisuelles dans une communauté qui considérait cette pratique comme « quétaine ». C’est également dans cette ligne de pensées que Célia Forget rappelle la nécessité de réaliser des actions culturelles après une recherche pour permettre la médiation de la culture, ainsi une meilleure connaissance de la culture.</p>
<p>En milieu minoritaire, le rappelle Marcel Bénéteau, la survie de la langue est passée par travail de professionnels (membres du clergé, enseignants) qui ont cherché à se rattacher à un réseau francophone établi, souvent le Québec. Le recours à un modèle autre que régional a entrainé une certaine dévalorisation des référents culturels locaux. La recherche permet de travailler sur la culture locale et de la valoriser de nouveau. « Il faut identifier les éléments qui nous distinguent. Et puis, commencer le processus de revitalisation »</p>
<p>Dans Lanaudière, le grand public n’est pas seulement touché par le résultat des recherches ethnologiques, le CPVL tente de l’inclure à même ses travaux. Danielle Martineau présente le projet Jeunes collecteurs où sont impliqués quatre générations, permettant aux enfants du coin de découvrir et s’intéresser à la collecte, et par le fait même, aux aînés. Les actions du CPVL entraînent donc une mobilisation de la communauté et du milieu scolaire pour la découverte et la redécouverte de talents de la région</p>
<p><strong>La diffusion au large public : documentation et changement de regard</strong></p>
<p>« Ce qui nous intéresse, nous, c’est que les centres qui ont une richesse énorme qui n’est pas connue justement de cette nouvelle génération là, qui veut s’en aller dans la musique traditionnelle, ait accès à ça. » Pierre Chartrand exprime ainsi le besoin qui existe dans le milieu de la recherche d’intégrer des résultats de collecte, des documents d’archives ethnologiques à la somme impressionnante de données disponibles sur Internet. Charles Quimbert renchérit en parlant du changement de regard qui doit s’opérer pour ne plus voir la culture traditionnelle uniquement liée au passé, à des méthodes de conservation d’une autre époque et à une diffusion pour un cercle d’initiés, mais plutôt l’inclure dans le quotidien et ainsi la réintroduire comme un élément de la culture au même titre que les produits télévisuels ou Internet.</p>
<p>* * *</p>
<h3><em>Transcription des débats</em></h3>
<p><strong>Marc Bolduc</strong> : On va y aller avec Monsieur Chartrand pour commencer.</p>
<p><strong>Pierre Chartrand</strong> : Bonjour tout le monde! Je vais parler en tant que directeur du Centre Mnémo qui existe depuis 20 ans, mais aussi en tant qu’interprète et acteur dans le milieu de la danse depuis le début des années 70. En fait, la question est de savoir la place de la recherche dans la vitalisation de la culture traditionnelle. Je me suis posé la question d’un point de vue un peu historique : qu’est-ce qui s’est passé depuis une quarantaine d’année? Pourquoi 40 ans? Parce que ça fait 40 ans que j’en fais puis j’ai aussi été fasciné. Je vois déjà deux choses : c’est qu’il y a la valorisation des pratiques traditionnelles auprès des gens collectés. Selon moi, il y a une chose qui est claire – et je suis très heureux parce que c’est revenu à plusieurs moments durant la fin de semaine : lorsqu’on collecte des gens, le premier impact, ou du moins un impact très important, ce n’est pas tant qu’on préserve cette mémoire en faisant un inventaire, mais c’est aussi l’effet qui est produit sur les porteurs de traditions. On a des exemples types, je pourrais vous en donner un du Centre Mnémo. En 2000, on a travaillé avec la danse traditionnelle dans la vallée de la Gatineau. Cette collecte a été réalisée par Raymond Beauchamp, Francine Cicare et Lucien Barrette. Évidemment, lorsqu’on a publié, on a été voir les couleurs de chaque village. On a alors vu leurs photos, des danseurs, tout ça. On a fait un lancement du livre dans le coin. La section régionale de Télé-Québec était là. À ce moment, les gens venaient me voir et disaient « Pierre, c’est fantastique! Avant, on considérait nos danses un peu comme quétaines, et là, il y a pleins de gens qui viennent à nos danses. Ils se remettent un peu à danser. » Ainsi, l’effet de mise en valeur des porteurs de traditions par nos collègues, c’est un aspect non négligeable de cette collecte. Par contre, j’ai évidemment pris le sujet par rapport à la recherche, aux collectes sur le milieu. On peut se demander quel est l’impact des urbanistes et des gens qui reprennent les données qui sont collectées. À ce niveau, je dirais qu’il y a un changement de paradigme depuis quelques décennies. Pour ceux qui connaissent moins les collectes, je vais parler essentiellement de danse et de musique puisque c’est mon sujet. Les collectes en danse et en musique débutent dans le milieu des années 50. Simonne Voyer a commencé à collecter en 55-56. Le disque l’Acadie/Québec, c’était aussi dans le milieu des années 50. On a alors commencé à avoir des collectes dans le domaine. Dans les années 70, c’était une chose de base : toute personne qui performait la musique et la danse traditionnelles se référait aux collectes. C’était presqu’un pèlerinage pour un danseur ou un musicien de dire « tiens! je veux partir un groupe. Je veux faire de la scène, n’importe quoi. Je vais aller aux archives de folklore. » Parce que c’était vécu comme ça, la référence aux collectes était quand même un point essentiel. Prenez vos discographies… J’ai aussi fait l’exercice d’ailleurs. Prenez les nouvelles productions discographiques et comparez le rapport qui est fait aux collectes versus des anciennes pratiques des années 70-80. Dans les années 70-80, la plupart des […] sont enregistrés et font toujours références à un porteur de tradition, à une collecte ou un disque lié à une collecte. On prend les fameuses collections d’oratoire, vous savez, ce genre de collections-là. On fait donc référence à un porteur de tradition. Ce qui arrive dans les années 90-2000, c’est qu’il y a un phénomène de création qui prend énormément d’ampleur, qui est très intéressant. La création prend de l’ampleur, prend de l’importance et ça peut être dû à différentes raisons. Je pense notamment à la professionnalisation du milieu de la musique traditionnelle. Ça va d’ailleurs de pair avec ce qu’on appelle la musique trad. Le mouvement de la musique trad est plus professionnalisé que l’était le mouvement des milieux de la musique et de la danse traditionnelles des années 70-80. Étant beaucoup plus professionnel, la création prend beaucoup d’importance pour diverses raisons, entre autres le financement. Vous savez que ceux qui sont financés par les Conseils des arts, que ce soit du Québec ou du Canada, on nous demande de faire de la création. Ce n’est pas la principale raison, mais cela en est une entres autres. Il y a un incitatif à faire de la création. Il y a aussi la question des communications puisque, obligé moi-même d’envoyer mes enfants, un jeune qui joue du piano dans le milieu des jeunes, leur première source, c’est vous [dans la salle]. Autant, dans les années 70 on se disait « on veut aller aux archives ». Maintenant, on remonte, on va sur Google. C’est l’archive principale à ce niveau. J’en parlerai à la fin. Il faut prendre acte de ce changement de mentalité. Il faut que les jeunes aient des centres de documentation dont le Centre Mnémo entre autres. Il faut qu’on réagisse et qu’on s’enligne vers cette nouvelle génération qui consulte les données qui peuvent nourrir leur création. Et, je dis bien… Pour moi, la création en musique traditionnelle ce n’est pas… J’aimais bien tout à l’heure l’image de madame Fonseca qui disait que le patrimoine immatériel fait référence aux racines. La collecte, pour moi, c’est le terreau dans laquelle pousse la fameuse plante et la création comme une autre branche : il y a ceux qui restent et qui veulent reproduire, d’une façon ou d’une autre – on voit toujours de façon personnelle le répertoire collecté – et il y a ceux qui créent. Évidemment, la création peut aussi être nourrie par la collecte. Donc, il y a une nouvelle mentalité et il faut que les centres de documentation prennent le taureau par les cornes comme on dit. À ce niveau, je vais couper court. En fait, je crois que le Centre Mnémo a un projet qui est entre autre de fédérer les centres de documentation et divers organismes. Il y a le CVPL, le CRAPO, le Musée de l’accordéon. Il y en a plein! Il y a le Centre de documentation Marius Barbeau. Ce qui nous intéresse, nous, c’est que la nouvelle génération qui veut s’en aller dans la musique traditionnelle ait accès aux centres qui ont une richesse énorme qui n’est justement pas connue de cette nouvelle génération. Ainsi, je crois que de fédérer et d’avoir un seul portail pour donner l’accès au catalogue de chacun des centres est un premier pas. Je sais qu’il y a beaucoup d’embûches. On parlait de la question de la protection intellectuelle. Ça ne veut pas dire qu’on peut mettre toutes nos collectes seules en ligne. Ça, c’est autre chose. Mais, déjà de savoir ce qui se trouve partout au Québec, ça serait fort important.</p>
<p><strong>M. Bolduc</strong> : Je passe donc la parole à madame Célia Forget.</p>
<p><strong>Célia Forget</strong> : Bonjour à tous! Comme l’a dit Marc Bolduc, je viens parler d’un cours que je donne à l’université cette session-ci : Traditions et actions culturelles. D’ailleurs, je tiens à dire qu’il y a un de mes étudiants dans la salle, il faut donc que je fasse attention à ce que je vais dire! Mais, avant de vous parler de ce cours et de comment j’en suis venue à la réflexion sur le patrimoine immatériel et les actions culturelles, je pense qu’il faut que je retrace le parcours qui m’a amené à travailler sur le patrimoine immatériel. D’abord, il faut savoir que je suis tombée dans la marmite du patrimoine immatériel en 2007, lors d’un post-doctorat que j’ai réalisé à l’Université Laval. J’ai fait ce post-doctorat en tant que coordonatrice de l’Inventaire des ressources ethnologiques du patrimoine immatériel, plus connu sous le nom d’IREPI et dans lequel nous circulons à travers la province de Québec à la rencontre des traditions et des savoir-faire. D’ailleurs, j’ai rencontré plusieurs d’entre vous à cette occasion-là. Ça m’a quand même permis d’avoir une certaine base à savoir ce qu’est un inventaire sur le patrimoine immatériel. Par la suite, ça m’a amené à avoir des collaborations internationales où j’ai pu voir ce qui se faisait dans d’autres pays. Notamment, en France où j’ai collaboré avec le ministère de la Culture pendant un certain temps pour voir à l’application des inventaires et de ce que seraient les dossiers de candidatures en France. J’ai également travaillé en Haïti et au Maroc pour voir – j’en avais parlé dans une de mes questions – les problèmes de classifications du patrimoine immatériel. Donc, c’est la base sur laquelle je me suis appuyée pour réfléchir à ce qu’est le patrimoine immatériel. Suite à cela, de nombreuses réflexions ont surgi lors d’événements ou de réalisations. Par exemple, une réalisation qui est encore en cours actuellement, avec madame Laviolette et madame St-Pierre, sur une grille du patrimoine immatériel, une grille de classification de toutes ces pratiques qui nous ont amenés à beaucoup réfléchir sur ce qu’est le patrimoine immatériel. Il y a également un événement qui avait lieu ici à Québec en 2008 lors de la 16e assemblée générale d’ICOMOS où le thème était patrimoine immatériel et patrimoine matériel. En fait, je veux encore donner le volet jeunesse pour cette réflexion. En bref, tout cela m’a permis de réfléchir plus sur la question du patrimoine immatériel comme collecte ou comme sauvegarde, mais jamais sur l’aspect de la valorisation. Et ça, c’est un constat qui a été fait. On en a parlé beaucoup pendant ces trois jours : comment mettre en valeur le patrimoine immatériel? C’est à partir de ces questionnements que le cours a été fondé et nous avons poursuivi cette réflexion pendant la session sur ce qu’est l’action culturelle. Pour vous parler de ces différentes réflexions, il faudrait que je commence par vous parler de la recherche-action qui est une forme de recherche qui est menée en ethnologie. Il faut savoir que la recherche-action peut être vue selon deux trajectoires : soit on part de l’action pour faire des recherches, donc pour réfléchir à ces connaissances théoriques; soit, au contraire, on part de la recherche pour arriver à l’action. En ethnologie, je dirais que c’est la formule qui est beaucoup adoptée à ce jour en tout cas. Il s’agit de partir de nos enquêtes ethnologiques pour ensuite réussir à former des actions culturelles avec la communauté. Je ne vous ferai pas d’historique de ce qu’est la recherche-action, mais il faut savoir qu’il y a des grands courants sur lesquels est fondée la recherche-action, notamment l’implication de la communauté dans tout le processus de recherche, c’est-à-dire que les acteurs sont impliqués dès le départ. Il faut ajouter une grande communication entre les chercheurs et les acteurs dans tout le processus de réalisation des actions culturelles. Généralement, la recherche-action implique une volonté de changement ou de résoudre un problème communautaire et également de comprendre les théories à travers l’action, inspirant ainsi une zone de spirale. C’est-à-dire que l’action va permettre la réflexion et la réflexion va permettre de nouvelles actions, etc. Cette recherche-action amène à la réalisation des actions culturelles. Mais, qu’est-ce qu’une action culturelle? Il y a souvent des termes qui accompagnent cette notion d’action culturelle tels que médiation culturelle, activité, démocratisation culturelle, démocratie culturelle. Qu’est-ce qu’une action culturelle? Pour ça, je vais reprendre une définition qui a été apportée par un chercheur, Pierre-Yves. Je le cite ici : « l’action culturelle est fondée sur la conviction fondamentale que développer l’offre culturelle, par des actions soutenues conçues sur le long terme, permet de rendre la culture accessible à tous, en autant que d’une certaine façon, elle contribue à unifier une société par ailleurs divisée sur de multiples points. La culture pour tous, telle est la perspective de l’action culturelle. » Une action culturelle doit donc durer et elle doit être répétée pour que la transmission culturelle puisse se faire. Dans le cadre du cours Traditions et actions culturelles, nous avons essayé de faire un état des lieux de toutes les actions culturelles qui avaient pu être menées, principalement au Québec mais également à l’étranger. C’est grâce à cette analyse, qui avait pour vocation de développer l’esprit critique chez les étudiants, que nous avons pu faire un état des choses et que eux-mêmes maintenant vont être amenés à réaliser des actions culturelles. Ainsi, ils ont trois projets dont je vais parler un petit peu plus tard. Pour faire cet état des lieux, je voulais vous donner quelques exemples dans les thématiques qui ont été abordées. Tout d’abord, nous avons essayé de voir ce qui se faisait au niveau de l’école. Il y a eu une table ronde à ce sujet et on voit l’importance que cette transmission du patrimoine immatériel puisse se faire par des actions culturelles menées avec les écoles. À ce titre, je vous invite à lire un article qui a été écrit par Cécile Duvelle, dans un livre sur la problématique « patrimoine immatériel et musique », qui amenait l’exemple d’un musée-école, à Puçol en Espagne où un enseignant, voyant la dégradation des pratiques traditionnelles autour de lui, a décidé d’intégrer à son programme éducatif toutes ces notions de tradition locale et de milieu naturel. 40 ans plus tard, grâce à la popularité et l’intégration de ces connaissances chez les enfants, cette action a permis la sauvegarde de ces pratiques traditionnelles locales et un ajustement ou une revitalisation de ce patrimoine culturel immatériel en Espagne. C’est un point tout à fait intéressant qui, peut-être, pourrait ici servir d’exemple. Un autre point également, je ne sais pas si vous êtes familier avec un film qui a été réalisé au Québec en 2010, Porteur d’espoir par Fernand Dansereau, où une recherche-action avait été menée dans une école de McMasterville. En fait, les enfants devaient résoudre, sur un an, une recherche-action pour résoudre un problème communautaire. Cette initiative a été très fructueuse et je tiens à dire que ça pourrait être un projet intéressant à développer dans le cadre du patrimoine immatériel. Il s’agirait de voir quels seraient les projets porteurs à ce niveau. Nous avons également étudié une forme d’action culturelle qui est l’exposition. Je ne vous dirai pas toutes les expositions qui se sont faites sur le patrimoine immatériel, mais au Québec il y en a quand même plusieurs, avec leurs aspects négatifs également. Par rapport aux circuits thématiques, ma collègue Catherine Arseneault devait nous parler de Saint-Élie-de-Caxton, une petite ville ici au Québec où un conteur, Fred Pellerin, a vraiment permis de faire revivre cette ville et de développer un sentiment d’appartenance très fort. Au niveau du film ethnographique, il y a beaucoup de réalisations qui ont été faites et souvent on constate que la vidéo est un support intéressant pour la sauvegarde et la diffusion du patrimoine immatériel. Je vous invite d’ailleurs à consulter un projet qui est Wapiconi Mobile, un studio mobile qui est fait dans les communautés autochtones où les jeunes sont invités à prendre la caméra et à réaliser la sauvegarde de leur patrimoine immatériel. Ces films sont généralement très bien faits, diffusés au niveau international et remportent des prix. Donc, c’est une forme d’action culturelle. Bien sûr, je ne vous parlerai pas de tous les inventaires qui sont sur Internet, mais les nouvelles technologies permettent des actions culturelles très intéressantes; on en a vues plusieurs. Il y a les exemples de l’Écosse, de la Belgique, de la Finlande ou même de l’Autriche où on voit que toutes ces bases de données sont sur Internet et permettent une certaine forme de diffusion. Cependant, il manque souvent l’action culturelle derrière. En tout cas, au Québec, on en a plusieurs. Je vais citer celles pour lesquelles j’ai travaillé dont les base de données IREPI et IPIR, inventaire du patrimoine immatériel religieux, qui sont très intéressantes. Tout ça pour dire qu’il y a différents aspects d’actions culturelles qui sont faites aujourd’hui. Le musée virtuel du Canada présente aussi des choses très intéressantes. Nous avons rencontré une exposition, Voyage en des temps mémoriaux, qui est un genre de jeu vidéo 360 degré où on peut voir les savoir-faire des communautés autochtones de façon virtuelle. Les étudiants de ce cours sont amenés à réaliser des actions culturelles. Une des actions culturelles dont je voulais vous parler, qui est en lien avec la thématique du patrimoine immatériel, va avoir lieu lors des journées de la culture cette année en fin de septembre ou au début d’octobre. Les étudiants ont décidé de présenter certaines vidéos. Ça va se dérouler dans une brûlerie. Un comptoir va être comme ceci et nous allons avoir des écrans devant qui vont diffuser du patrimoine immatériel à travers la vitrine pour attirer les regards des passants. Nous allons avoir des porteurs de tradition qui vont réaliser, en direct sur le comptoir, un savoir ou un savoir-faire qui sera filmé par le dessus pour bien voir la pratique au niveau des mains et, en même temps, diffusé à l’extérieur pour qu’une fois encore les gens de la rue soient invités à venir par le regard. Une discussion se poursuivra à l’intérieur avec les porteurs de tradition et les gens intéressés. Il va également y avoir des performances. Donc, je lance une invitation à tous ceux qui veulent venir participer à cette activité dans mon groupe d’étudiants. D’ailleurs, si des porteurs de tradition sont intéressés à venir, je sais que monsieur Chénard du CVPV a été contacté par les étudiants pour nous fournir des noms. Je vous invite à cela. Juste pour conclure, je dirais que je pense qu’il est essentiel – et je pense que ce colloque l’a bien montré – de lier les différents univers, qu’ils soient politiques, universitaires ou des acteurs sur le terrain, pour que ces actions culturelles puissent vraiment voir le jour et puissent s’implanter et perdurer dans le temps afin que le patrimoine immatériel puisse exister. Merci.</p>
<p><strong>M. Bolduc</strong> : Merci madame Forget. Je laisse la parole à monsieur Marcel Bénéteau.</p>
<p><strong>Marcel Bénéteau</strong> : Bonjour tout le monde! Je suis très content d’être ici et je veux juste me présenter un peu. J’enseigne à l’Université de Sudbury dans le nord de l’Ontario, mais je suis originaire de Windsor qui est dans le sud de la province, collé sur la frontière américaine. Détroit n’est pas plus loin de Windsor que Lévis l’est de Québec. Mes champs d’intérêts, c’est surtout la tradition orale, mais en particulier dans la région de Détroit qui est un ancien peuplement français. En fait, c’est la plus ancienne communauté francophone à l’ouest de Montréal. Alors, contrairement aux visions très larges qu’on a pu partager ces derniers jours, moi ça va être assez étroit et basé sur mes expériences personnelles et les projets de recherche auxquels je suis associé. Il faut dire d’abord que j’ai fait la grande majorité de mes recherches sans même savoir qu’on pouvait être subventionné par quelqu’un d’autre que sa femme! Comme Catherine l’a dit l’autre jour, on a tous rêvé aux projets et aux initiatives qui ont été développés ailleurs. Du point du vue du patrimoine immatériel, ça figure à peine dans les politiques provinciales. J’ai imprimé un beau document de 38 pages du ministère de la Culture de l’Ontario qui explique comment identifier, valoriser et préserver le patrimoine culturel. Ce document aborde sur une page d’un petit paragraphe le thème du patrimoine intangible. Le reste, c’est vraiment plus des bâtiments. Du côté francophone, il n’y a qu’un seul organisme à la grandeur provinciale en Ontario. De toute façon, il y en a peut-être d’autres, mais du côté francophone le seul est le Centre franco-ontarien de folklore à Sudbury. Ce Centre a été fondé par le père Germain Lemieux. Principalement, le Centre contient ses collections de contes et de chansons. C’est un centre qui a un directeur et une secrétaire à temps partiel, donc c’est toujours difficile. Puis, en même temps, il y a un peu l’attitude chez les gens par rapport à notre patrimoine : « pas la peine de le sauver, c’est fait. » Il n’y a pas beaucoup de recherches qui se produisent, mais le Centre continue de mettre ses collections en valeur. Par exemple, ils sont en train de produire une pièce de théâtre, basée sur les contes de la région, qui va être jouée dans les écoles. Ils organisent une soirée de conteurs, des cafés chantant, des choses comme ça. Il y a maintenant un nouveau directeur et le Centre vient de déménager à l’Université de Sudbury. Donc, avec le nouveau directeur, on espère que le Centre va se réorienter plus vers la recherche maintenant. Sinon, en lien avec ce fameux département de folklore et d’ethnologie de l’Amérique française qui est à l’Université de Sudbury, c’est moi le seul professeur à temps plein et il y a quelques chargés de cours. Nos cours se donnent à distance, mais il y a quand même des choses intéressantes qui se passent. On offre un programme complet. Les étudiants peuvent faire un bacc en folklore. On est en train de développer un nouveau cours sur le patrimoine et l’identité franco-ontarienne. Je ne m’en rappelle pas exactement, mais j’aimerais citer cette belle phrase que quelqu’un nous a ramenée encore aujourd’hui : « je ne vis pas dans le passé, mais le passé vit en moi. » Ou, quelque chose comme ça. Il faut dire que pour les jeunes de premier cycle, les jeunes à l’université, ce n’est pas vrai. Le passé ne vit pas vraiment en eux, ils vivent dans le présent. Mais, dans tous nos cours, les étudiants doivent faire des enquêtes sur le terrain et ça leur permet de sortir du présent et d’entrer en contact avec le patrimoine vivant, si ce n’est que dans leur propre famille. Il y a des étudiants qui viennent et me disent « Heille! Je ne savais pas que mon grand-père était un “arrêteur de sang”. » Des choses qu’on ne peut jamais discuter en famille, à ce moment, il y a une espèce de coupure. Alors, c’est positif et on garde quand même toutes ces feuilles en archive. On a pour trente heures d’études faites par les étudiants, à peu près 2500 collections. Évidemment, des travaux d’étudiants ce n’est pas toujours parfait, mais il y a des choses intéressantes. Par exemple, on a environ 10 000 chansons qui ont été recueillies. Vous savez, si on regarde la collection du Père Lemieux, les 3 000 chansons qu’il a recueillies, c’est merveilleux. Mais, comme ça le dit dans la chanson Vivre dans la scrupulosité, quand on regarde les enquêtes des étudiants qui n’ont pas l’idée, ils continuent de dire que ce n’est pas une chanson traditionnelle. Alors, on voit que le milieu est très riche. Il y a bien des choses que père Lemieux ne voyait pas. Il avait déjà son idée, le genre de chansons qu’il cherchait. Dans le moment, on est en train d’essayer d’arrimer le programme du Centre du folklore avec notre programme d’étude. Donc, je pense que ça devient des choses intéressantes. Pour les comparses de la recherche, je pense que la recherche sur le terrain est une première valorisation du patrimoine, une première prise de conscience. Quand j’ai commencé à faire des enquêtes sur la chanson dans mon coin, les gens me sortaient les cahiers de La Bonne chanson et j’expliquais : « non, ce n’est pas ça que je veux. » Et puis, ils me disaient « bien, on avait des vieilles chansons, mais tu ne veux pas entendre ça! » Comme je le disais, je pense que c’est une première mise en valeur. Les gens réalisent qu’ils ont quelque chose d’important. Il y a quelques mois, j’étais à Windsor pour faire un concert, avec l’orchestre symphonique de Windsor, de chansons traditionnelles de chez nous que j’avais recueillies et arrangées pour l’orchestre. Vous allez me dire que c’est décontextualisé au boute, mais pour les gens, c’est important malgré tout. Un autre exemple est celui d’une école primaire qui a fait une petite pièce de théâtre basée sur les légendes que j’avais recueillies dans la région. Ça donne quand même une première reconnaissance pour les gens, quelque chose qui se rapporte à leur identité. Donc, « ça c’est nos chansons, c’est nos histoires, c’est nos mots, c’est notre langue. » Le temps passe vite quand on parle, mais peut-être que je dirais quelques mots sur le patrimoine culturel dans une situation qui est très minoritaire. Au Québec, les francophones, les Québécois se sentent peut-être minoritaires dans le contexte de l’Amérique du Nord, mais quand même, chez vous, vous pouvez prendre votre langue et votre culture. À Sudbury, en Ontario, c’est déjà pas si mal puisque la population est de 35 à 40% francophone. Il y a quand même une communauté assez dynamique. Mais, à Windsor, on parle de 5% de la population, et c’est juste du côté canadien. Alors, si la langue française survit toujours là, c’est grâce aux luttes que les milliers de professionnels ont menées aux cours des années : le clergé, les enseignants, les militants pour assurer la survie de la langue. Par contre, ces personnes ne sont pas vraiment inquiétées d’une culture locale, même du parler régional. C’est un peu l’idée que si on veut survivre, il faut se brancher au réseau; il faut des vrais francophones. Les référents culturels locaux sont des choses dévaluées, dévalorisées, même proscrites. Alors, la recherche sur le terrain, je pense qu’elle est la première étape afin d’identifier ces référents, de commencer à mettre en valeur ces choses. Je vais juste finir avec un élément dont une de mes informatrice, madame Citéra de Magoche, m’avait informé, elle qui m’avait chanté à peu près 150 chansons quand j’avais été la voir sur le terrain. À mesure qu’on se rencontrait, j’amenais des vieux cahiers manuscrits et des gens allaient dans des familles, regardaient ça et disaient « on chantait ça, mais tout ça c’est mal. Je vais te la chanter de la bonne manière! » En tout cas, à un moment, elle m’a dit : « là on recommence. On avait tous oublié nos chansons. C’est comme si on était dans le noir ». Et, finalement, elle m’a dit : « maintenant on commence à s’en souvenir. » Alors, je pense que c’est une réponse simple, mais oui la recherche est l’endroit par où il faut commencer. Il s’agit d’identifier les éléments qui nous distinguent et ensuite commencer le processus de revitalisation. Merci.</p>
<p><strong>M. Bolduc</strong> : Je donne la parole à Charles Quimbert.</p>
<p><strong>Charles Quimbert</strong> : Bonjour! Recherche et revitalisation. Comme on vous l’a dit, je parle en tant que directeur de Dastum et vice-président de la FAMDT [en France]. Je parle aussi comme chanteur et vous allez comprendre pourquoi. D’abord, l’intérêt de la recherche, pour moi, est absolument évident quand on dirige par exemple un centre de documentation comme celui qu’est Dastum. Heureusement, je dirais qu’on a pu profiter et bénéficier de tous les travaux qui ont été menés et de toute la méthodologie qui va de pair avec le terme de recherche. Parce que la science est bien liée à une méthodologie, un discours de la méthode, etc. Depuis Descartes on le sait! Heureusement, je dirais. Mais, heureusement aussi qu’il y a eu des mouvements associatifs, des personnes qui sont allées sur le terrain qui ont, elles aussi, travaillé de leur côté. L’intérêt d’un lieu comme Dastum est que c’est un lieu où convergent toutes ces approches. Si on commence par la collecte, je peux mentionner que tout ce que tu viens de dire est passionnant et mon organisme s’y retrouve complètement. Par exemple, on a fait des ateliers de formation à la collecte à Dastum, etc. Je ne veux pas trop parler de ça, mais c’est évidemment l’élément fondamental. Ensuite, il y a l’importance de la documentation à travers le travail dont on bénéficie, c’est-à-dire tout le travail de catalogage qui a été fait par l’univers scientifique qui est plus qu’intéressant! Sur la documentation – et ça prend en compte la question que tu posais aujourd’hui Pierre à savoir comment on a accès aux sources – c’est un travail minutieux et il faut être le plus rigoureux possible. Je pense que la rigueur est du côté du monde scientifique, admettons-le. Plus on sera rigoureux, mieux ce sera. C’est un travail immense lorsqu’il s’agit de la collecte et de la valorisation de cette collecte. C’est un travail de fourmi. Généralement, toutefois, les élus et les administrateurs ne se rendent pas vraiment compte de tout le travail qu’il y a à faire à ce niveau parce que si les sources peuvent être un jour utilisées et servir, il faut absolument qu’elles soient bien documentées. Mais, qu’est-ce qu’être bien documenté? On ne sait pas. On n’a pas forcément la réponse aujourd’hui parce qu’on est dans un contexte bien particulier. On travaille avec tout plein de choses qu’on ne juge même pas important de noter puisque qu’on le sait. D’accord, nous on le sait mais dans leur temps, eux, ils ne le sauront pas. C’est donc un travail de fourmi. Après, il y a tout ce travail des éditions qui met aussi en valeur les personnes collectées. Ce n’est vraiment pas beau comme terme. Les porteurs de savoir je ne sais pas si c’est plus joli. « Colporteurs », je trouvais ça assez joli : les colporteurs, les colportrices de savoirs. Évidemment, plus on va inviter les gens, plus on va faire connaître le patrimoine. Connaître pas forcément dans le sens de faire connaître à un public d’avertis, c’est-à-dire qu’il y a souvent les scientifiques qui sont en attente de nouvelles documentations. Par exemple, « je croyais qu’il y en avait qu’une version. Finalement, il y en a cinq dans le monde. C’est extraordinaire! », c’est pour les passionnés comme vous le voyez. Mais, il y a aussi le changement de regard qu’on doit apporter non seulement sur la personne qui chante, sur les porteurs de tradition, mais aussi sur la matière elle-même : « ha bon! Ça existe? On a ça chez nous? Puis, c’est édité dans une belle collection? » Vous savez, si ça passe à la télé, c’est forcément toujours bien! Donc, ce changement de regard est absolument nécessaire. On rejoint là toute la politique de valorisation dont on parle depuis deux jours : collecter, éditer, diffuser… La diffusion de tout ça, c’est aussi le travail d’un centre tel que, par exemple, celui de Dastum où il ne s’agit pas de garder pour soi mais de partager. Aujourd’hui, on est face à une culture choisie. Dans la revitalisation, on recherche la revitalisation. Par contre, quand on vivait dans nos petits villages et qu’il n’y avait pas de radio, pas de télé, pas de tout ça, on ne choisissait évidemment pas notre culture et on devenait des porteurs de tradition sans le vouloir. En fait, peut-être un peu quand même, j’espère que les gens voulaient d’eux-mêmes aussi. Mais, aujourd’hui, l’enfant est submergé d’informations. Comment peut-il se faire, lui, un choix par rapport à tout ça? Il est évident qu’il ne peut choisir que s’il connaît. C’est simple, je m’excuse : à moins que l’enfant enfonce des portes ouvertes, ce n’est pas facile. Mais, ces portes-là, il faudra les ouvrir parce que c’est un gros challenge que de faire connaître le patrimoine. Par exemple, même en Bretagne, la culture bretonne, on va nous dire « oui, mais c’est du passé! » On n’imagine pas quelqu’un qui puisse avoir un tel élan au point que son patrimoine est sa passion et que c’est avec ça qu’il va vouloir vivre. Aujourd’hui, à ce sujet, si vous envoyez des gens dans un cercle dans le village et qu’ils se retrouvent sur une scène, obligés de chanter, c’est évidemment toujours drôle. Ça ne se fait pas du jour au lendemain, mais ça se prépare. Il y a quand même des jeunes qui ont envie de découvrir le patrimoine. Donc, quand ils construisent leur cheminement et quand ils construisent même un projet professionnel ou amateur, si on voit leur envie et leur désir de chanter, de jouer de l’accordéon ou de danser, ça donne aussi envie. Par rapport à ça, il est évident que ce type de moyens, tout ce qui est édition ou diffusion va aider à faire connaître, à changer le regard et à affirmer un choix. Je parlais aussi de la recherche et la vitalisation. Il faut dire que ces moyens aident à une véritable revitalisation. Je vais revenir sur la recherche pour une troisième fois, mais par rapport à la vitalisation, Jessica posait la question : est-ce que la sauvegarde c’est simplement la patrimonialisation? Je suis même étonné qu’on puisse se poser une question comme ça. Bien sûr que tu ne la poses pas comme ça, mais sauvegarder c’est évidemment de promouvoir une pratique. Et, je suppose que vitaliser c’est de promouvoir une pratique. Il se trouve en fait que les chercheurs d’une certaine génération, par exemple celui qui est à ma droite, sont à la fois des chercheurs, des scientifiques et des praticiens. C’est un fait notable parce que la génération qui arrive est constituée de chercheurs, pas forcément de praticiens. C’est peut-être que tout change, tant mieux. Moi, j’ai fait le choix, et je veux vous parler de ça quelques secondes. J’étais universitaire. Je suis donc diplômé et psychologue, mais j’ai voulu faire du terrain. J’ai fait beaucoup de terrain comme vous, mais ça n’a jamais été tout en haut dans la société d’ethnologues. Ce que je souhaitais, c’était de me familiariser et ainsi être dans la transmission. J’ai alors fait beaucoup de terrain pour rencontrer un bon nombre de personnes. Je me suis jamais préoccupé d’une rigueur scientifique. J’ai peut-être eu tort, peut-être que ça aurait été fabuleux. Par contre, je me suis préoccupé de la pratique. Je cherchais une sorte de transmission, de légitimité, etc. Donc, c’était chacun sa question. Du coup, ce qui arrive pour le troisième point que je voulais soulever en recherche et vitalisation, c’est qu’il y avait beaucoup de chercheurs qui étaient des praticiens. À l’inverse, il se trouve aujourd’hui qu’il y a beaucoup de chercheurs qui ne sont pas des praticiens et qu’il y a beaucoup de praticiens qui n’ont pas envie d’être des chercheurs. Comment mettre chacun à la bonne place? Comment trouver la place de chacun? Encore, c’est tant mieux qu’il y ait des chercheurs qui soient praticiens et des praticiens qui soient des chercheurs. Mais, comment donner une place à chacun? Enfin, quelle place prendre? Parce que d’un autre côté, je peux quand même le dire, étant scientifique, la science ce n’est pas la vérité. Il y a une histoire de la science. Aujourd’hui, on parle de recherche-action. Avant, c’était encore autre chose. Il y a toute la question – et ça j’aimerais quand même que ça soit soulevé de temps en temps – à savoir comment on construit le sujet de sa recherche. Pardon, pas le sujet mais l’objet de sa recherche. L’objet ne préexiste pas à la recherche. Quand on faisait de la collecte au 19e siècle, ce n’était pas du tout de la même manière qu’aujourd’hui. Ça veut dire que, parce que les préoccupations ne sont pas les mêmes, on ne pose pas les mêmes questions. On ne s’inquiète pas des mêmes questions. On ne cherche pas les mêmes réponses. C’est un aspect très important à connaître et à bien cerner. Du coup, on se pose par exemple la question que vous avez posée sur la restitution. J’entendais ce matin : « on va apporter, on va donner des garanties de restitution au peuple dont je ne sais pas prononcer le nom. » Mais, pour la recherche, il y a une nouveauté. Des promesses comme ça, il y en a eues des centaines. Pourtant, qui est garant de la promesse? C’est ça le problème. Quelle déontologie y a-t-il? Ce problème pose la question du lien entre la recherche et la vitalisation en ce qui concerne une préoccupation déontologique. C’est-à-dire : à quoi je m’engage? Quel est le contrat entre le droit et le devoir? Jusqu’où vais-je dans le droit et quels sont mes devoirs? Ce sont ces questions qui sont posées. Par la suite, on est main dans la main. Cependant, pour prendre l’exemple de la Bretagne, le lien entre la recherche et la vitalisation n’a pas toujours été simple. Il y a des chercheurs qui partageaient, d’autres qui ne partageaient pas. Ceux qui ne partageaient pas, on avait du mal à accéder à leur fonds. D’autres, au contraire, ont partagé leur fonds. Ce sont des questions très simples comme ça. Mais, je pense qu’à chaque projet se pose la question à savoir quelle est la place de chacun. Je parlais hier d’un projet qu’on a fait, le dernier projet du CRVC, qui était d’une certaine habilité parce que chacun avait trouvé sa place et que personne ne contestait la place de l’autre. Le chercheur avait besoin, par exemple, de l’entendement du Breton pour voir de quoi ça parlait. Ainsi, chacun sa place et ça devient des informations qu’on pouvait trouver sur le site de Dastum, bien sûr. En tout cas, je pense qu’à chaque projet ce n’est pas si simple qu’il n’y paraît et que la science n’est pas la vérité. La science, c’est la construction d’un modèle. On construit un modèle qui nous aide à réfléchir. On en a besoin! Je ne suis pas en train de dire qu’ils n’en ont surtout pas besoin, au contraire. Mais, aujourd’hui, la question de l’objet de cette recherche est une question très complexe. C’est la question des sciences humaines. Les sciences humaines, ça fait un siècle que ça existe. Un petit peu plus maintenant, mais on est au début. Vous savez, même quand on est dans les sciences dures il peut y avoir deux modèles de physique différents. On ne fait pas du tout la même chose et pourtant, ce sont deux modèles contradictoires. Ainsi, dans les sciences humaines, vous voyez les portes que cette situation ouvre. C’est vertigineux à quelque part. Plus on y réfléchira, mieux ce sera. Ma petite conclusion est donc cette invitation à la réflexion. Il y a un besoin derrière et c’est évident, sinon les chercheurs seraient dans une tour et les praticiens de l’autre côté. Au contraire, on a absolument besoin de la méthode de l’un et de la pratique de l’autre, mais la question est de savoir comment se définissent les tâches. Il y a un besoin d’une sorte de contrat social ou d’une déontologie de l’un et de l’autre. À chaque projet, je trouve que c’est intéressant de poser cette question. Merci.</p>
<p><strong>M. Bolduc</strong> : Merci Monsieur Quimbert. Pour la dernière intervention donc, on passe le micro à madame Danielle Martineau.</p>
<p><strong>Danielle Martineau</strong> : Bonjour à tous! Vous comprenez évidemment que nous avons su autour de 10h qu’on avait peut-être une opportunité de venir présenter le type de travail qui se fait au Centre du patrimoine vivant de Lanaudière. Donc, on s’est concerté et mon intervention va être très simple, mais faite avec beaucoup de cœur. J’ai fait de la recherche pendant longtemps. Je ne suis pas une ethnologue, mais je suis capable d’utiliser les méthodes sans problème. Je pense que ce n’est quand même pas si compliqué de comprendre les méthodes au niveau de la recherche. Maintenant, dans le cadre du CPVL, j’aimerais vraiment vous parler de nous, de notre approche et notre philosophie en utilisant la recherche, mais dans l’expérience et dans l’action. C’est très majeur. Je ne répéterai pas ce qu’est l’organisme parce que hier Audrey l’a bien présenté. Vous viendrez nous voir [au kiosque des exposants], vous nous poserez des questions. Ça va nous faire plaisir et au mieux, vous viendrez nous voir dans Lanaudière! Par contre, ce que j’aimerais vous expliquer c’est que l’organisme existe seulement depuis trois ans. Ce qu’on a premièrement choisi de faire est d’identifier les valeurs qui sont importantes parmi les gens avec lesquels on travaille. Donc, les gens qui sont justement ceux qui possèdent les savoirs. C’est sûr que ça ne se fait pas comme ça, ça demande de la réflexion. Pour avoir été là-dedans pendant un bout de temps, j’ai quand même essayé de sortir quelques aspects qui sont importants pour ces personnes. Quand je faisais mes recherches, je demandais toujours aux gens : « qu’est-ce que vous pensez de ce que je suis en train de faire? Qu’est-ce que vous pensez qui serait un bon outil pour la transmission? » Évidemment, il n’y avait pas nécessairement d’organismes reliés à ça, mais les gens ont des réflexions. Ces personnes ont des réflexions et je dirais même peu importe l’âge parce que, au Centre où on travaille, on a actuellement un projet dont je vais vous parler plus précisément qui s’appelle Jeunes collecteurs. Dans le projet en ce moment, il y a quatre générations qui sont impliquées dans la recherche et à qui on pose des questions. Il y a deux des gens collecteurs qui ont vraiment choisi d’aller autant chez l’arrière-grand-mère que chez les deux jeunes qui ont huit ou neuf ans, je ne sais pas exactement. Zachary et Évelyne ont une réflexion sur ce qu’ils savent et à quel point c’est précieux. C’est important et intéressant de l’entendre même de la part des enfants. Ainsi, tous les projets du CPVL ont été basés sur l’expérience à travers la recherche. Qu’est-ce que fait un organisme quand il se crée? Il veut avoir de l’argent. Comme outil de financement, on a décidé de faire un disque avec les gens du village pour nous aider à trouver du financement. Évidemment, on a dû gérer l’abondance parce qu’on est dans un village où presque tout le monde chante! Mais, il y a quand même eu une sélection qui a été faite à travers des élus municipaux qui sont chanteurs ou des gens qui sont dans le milieu, qui sont aussi des professionnels et des chanteurs. Je me souviens, quand on a fait la réunion, ils me disaient « On n’est pas pour nous autres encore chanter. On va aller voir la madame qui nous a montré cette chanson-là. Puis, elle, on en a jamais entendu parler, mais c’est une excellente chanteuse. » Ou, « lui, il faut vraiment qu’on l’entende. » On a donc bâti notre projet de cette façon. On l’a réalisé d’une manière très simple dans un cercle de chansons où on a enregistré les gens. On a expliqué aux gens ce qu’on était en train de bâtir. On leur a demandé s’ils voulaient participer au financement et ça s’est fait de manière très simple. Ça a donné un disque qui s’appelle Saint-Côme peut vous en chanter parce que c’est un fait : ils peuvent vous en chanter pendant des jours et des jours! Le résultat est qu’on a entendu des gens qu’on ne voyait pas sur des scènes. Même parmi le village, les gens ne soupçonnaient pas que cette personne entendue sur le disque chantait parce que cette personne chante tranquillement dans sa cuisine. Et, ça lui suffit. C’est correct ça, on a le droit de chanter dans notre cuisine quand on est bien. Je me souviens de certains témoignages de gens qui disaient : « ça travaille bien mieux quand on chante! » Pour eux, c’est une application. En plus, c’est intéressant de voir les réactions des gens dans le village qui disent « je ne savais pas que tu chantais! » Et l’autre répond : « bien oui! » Même, la fille de cette personne qui est venue chanter sur le disque a découvert que son père chantait alors qu’elle l’ignorait. Dans un village de chanteurs, vous vous imaginez! Au final, elle s’est reconnectée à son père à travers ce projet. Pour nous, comme je vous ai dit, l’expérience ou la recherche se fait dans l’action. C’est totalement là-dedans. C’est justement ce que j’ai proposé à l’organisme de faire à travers l’expérimentation. Les gens vivent toujours une expérience parce qu’à force de faire des commissions parlementaires, ce n’est vraiment pas mon truc! À un moment donné, j’ai besoin que ça bouge. Puis, je l’ai fait. Mais, l’important pour moi est d’être en contact avec les gens. Donc, on a mobilisé des gens dès la première activité. Je vous dirais que ça a été très facile. Ensuite, durant les journées de la culture, c’était tout à fait impensable qu’il y ait autre chose que ce que les gens font dans le village. Ainsi, depuis l’avènement des journées de la culture et le Centre qui participe dans le village, il y a toujours une activité qui est présentée. La dernière était très intéressante parce que Saint-Côme est aussi un village de trappeur. Il y a beaucoup de connaissances au niveau de la forêt et c’est cette activité qui a été mise en lumière. C’est intéressant parce que les trappeurs, c’est une pratique qui est complètement différente et qui n’est pas aussi conviviale que la chanson. Il y a donc eu moins de participants. Mais, ces participants étaient très interpellés par le fait de pouvoir partager des connaissances sur la trappe et ils étaient fiers de les offrir dans le cadre des journées de la culture. Donc, on ne se limite vraiment pas seulement à la chanson. On intervient également beaucoup en milieu scolaire. Comment on fait? On travaille toujours au niveau intergénérationnel. Je pense que je suis en train d’en sauter. Excusez-moi…</p>
<p>[…]</p>
<p><em>Fin manquante.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Loi sur le patrimoine culturel</title>
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		<pubDate>Tue, 24 Apr 2012 15:54:35 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[La nouvelle loi entrera en vigueur le 19 octobre 2012 et remplacera la Loi sur les biens culturels: http://www.mcccf.gouv.qc.ca/index.php?id=4538]]></description>
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		<title>Exposition annuelle de la Maison Routhier</title>
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		<pubDate>Mon, 23 Apr 2012 18:49:41 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[&#160; EXPOSITION DES ÉLÈVES &#38; DES MEMBRES Les 28-29 avril et 5-6 mai 2012 de 13 h à 17 h à l&#8217;Expo-théâtre de la Visitation 814 rte de l&#8217;Église (Arr. Ste-Foy/Sillery) Broderie, Chapellerie, Couleurs adaptées aux textiles, Créativité en textiles, Courtepointe, Couture, Feutre, Filage, Fléché, Frivolité, Tissage, Tricot, Vannerie La Maison Routhier, Centre d&#8217;Arts Textiles [...]]]></description>
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<p><a href="http://patrimoinevivant.qc.ca/wp-content/uploads/2012/04/logo-maison-routhier.png"><img class="alignnone size-full wp-image-2191" title="logo maison routhier" src="http://patrimoinevivant.qc.ca/wp-content/uploads/2012/04/logo-maison-routhier.png" alt="" width="211" height="87" /></a></p>
<p>EXPOSITION DES ÉLÈVES &amp; DES MEMBRES</p>
<p><strong>Les 28-29 avril et 5-6 mai 2012</strong><br />
<strong>de 13 h à 17 h</strong><br />
<strong>à l&#8217;Expo-théâtre de la Visitation</strong><br />
<strong>814 rte de l&#8217;Église (Arr. Ste-Foy/Sillery)</strong></p>
<p>Broderie, Chapellerie, Couleurs adaptées aux textiles, Créativité en textiles, Courtepointe, Couture, Feutre, Filage, Fléché, Frivolité, Tissage, Tricot, Vannerie</p>
<p>La Maison Routhier, Centre d&#8217;Arts Textiles<br />
3325 rue Rochambeau, arr. Ste-Foy/Sillery<br />
(près du coin Chemin Ste-Foy/autoroute Duplessis)<br />
418-654-4296<br />
site web: <a href="http://www.lamaisonrouthier.com">www.lamaisonrouthier.com</a><br />
Courriel: <a href="mailto:info@lamaisonrouthier.com">info@lamaisonrouthier.com</a></p>
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		<title>Prix du patrimoine du CMCC &#8211; appel de candidatures</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Apr 2012 18:40:51 +0000</pubDate>
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		<guid isPermaLink="false">http://patrimoinevivant.qc.ca/?p=2185</guid>
		<description><![CDATA[Le Conseil montérégien de la culture et des communications (CMCC) est heureux de lancer l’appel de candidatures pour la troisième édition de ses Prix patrimoine. Dans un désir de favoriser l’essor du patrimoine en Montérégie, le CMCC souhaite sensibiliser le grand public et les élus à la vigueur et à la richesse du patrimoine présent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://patrimoinevivant.qc.ca/wp-content/uploads/2012/04/cmcc.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-2186" title="cmcc" src="http://patrimoinevivant.qc.ca/wp-content/uploads/2012/04/cmcc-300x65.jpg" alt="" width="300" height="65" /></a></p>
<p>Le Conseil montérégien de la culture et des communications (CMCC) est heureux de lancer l’appel de candidatures pour la troisième édition de ses <a href="http://www.culturemonteregie.qc.ca/Prix-patrimoine-du-CMCC">Prix patrimoine</a>. Dans un désir de favoriser l’essor du patrimoine en Montérégie, le CMCC souhaite sensibiliser le grand public et les élus à la vigueur et à la richesse du patrimoine présent en région, mais surtout, il veut saluer les initiatives qui permettent à la population de s’approprier ce patrimoine.</p>
<p>Les Prix patrimoine du CMCC récompensent les activités de transmission, d&#8217;interprétation ou de diffusion qui visent à mettre en valeur un élément du patrimoine, et ce, quelle que soit la pratique (archéologie, histoire, tradition orale, archives&#8230;). Deux prix seront remis, accompagnés d’une bourse d&#8217;une valeur de 1000 $ pour le Grand Prix patrimoine et de 500 $ pour le Prix patrimoine Coup de cœur du jury. La date limite pour poser sa candidature est le vendredi 29 juin 2012.</p>
<p>Pour plus de renseignements, les personnes intéressées à déposer une candidature trouveront tous les détails au <a href="http://www.culturemonteregie.qc.ca/Prix-patrimoine-du-CMCC">www.culturemonteregie.qc.ca/Prix-patrimoine-du-CMCC</a>; elles peuvent aussi communiquer au CMCC, avec Isabelle Brin, au 450 651-0694/1 877 651-0694, poste 222, ou à <a href="mailto:ibrin@culturemonteregie.qc.ca">ibrin@culturemonteregie.qc.ca</a>. La remise des Prix patrimoine 2012 se tiendra en septembre prochain. L’information pertinente sera transmise au moment opportun.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Agenda 21C</title>
		<link>http://patrimoinevivant.qc.ca/2012/04/agenda-21c/</link>
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		<pubDate>Tue, 10 Apr 2012 13:30:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bulletin]]></category>

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		<description><![CDATA[L’Agenda 21 de la culture du Québec est un cadre de référence qui a comme objectif de donner l’impulsion à une vision renouvelée du développement de la culture.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://patrimoinevivant.qc.ca/wp-content/uploads/2012/04/aganda21.gif"><img class="alignnone size-full wp-image-2164" title="aganda21" src="http://patrimoinevivant.qc.ca/wp-content/uploads/2012/04/aganda21.gif" alt="" width="213" height="163" /></a></p>
<p><a href="http://www.agenda21c.gouv.qc.ca/">L’Agenda 21 de la culture du Québec</a> est un cadre de référence qui a comme objectif de donner l’impulsion à une vision renouvelée du développement de la culture.</p>
<p>Son contenu est constitué d’une mise en contexte, d’une introduction, de trois principes, de 21 objectifs et d’une charte d’engagement qui vise à stimuler l’adhésion de tous les secteurs de la société.</p>
<p>L’ensemble constitue le cadre à partir duquel pourront être mises en œuvre des actions qui permettront de renforcer les liens entre la culture et les dimensions sociale, économique et environnementale du développement durable.</p>
<p>Pour info: <a href="http://www.agenda21c.gouv.qc.ca/">http://www.agenda21c.gouv.qc.ca/</a></p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Assemblée générale annuelle</title>
		<link>http://patrimoinevivant.qc.ca/2012/04/assemblee-generale-annuelle/</link>
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		<pubDate>Tue, 03 Apr 2012 18:54:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Bulletin]]></category>

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		<description><![CDATA[Mercredi 30 mai 2012 14h à Trois-Rivières. Tous les membres du CQPV sont convoqués à cette importante rencontre, qui comprendra notamment l'élection du prochain conseil d'administration et le lancement du livre "Les mesures de soutien au patrimoine immatériel".]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://patrimoinevivant.qc.ca/wp-content/uploads/2012/04/DSC01032.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-2158" title="DSC01032" src="http://patrimoinevivant.qc.ca/wp-content/uploads/2012/04/DSC01032.jpg" alt="" width="360" height="270" /></a></p>
<p><strong>Mercredi 30 mai 2012</strong><br />
<strong>14h</strong><br />
<strong>Trois-Rivières </strong><br />
<strong>(L&#8217;Oriflamme, 1900 rue de l&#8217;Hippodrome)</strong></p>
<p>Tous les membres du CQPV sont convoqués à cette importante rencontre, qui comprendra notamment l&#8217;élection du prochain conseil d&#8217;administration et le lancement du livre <em>Les mesures de soutien au patrimoine immatériel</em>.</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
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