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Arts et traditions orales: vers un développement juste et effectif

violon trad

En 2011, l’Assemblée nationale du Québec adoptait la Loi sur le patrimoine culturel, qui inclut le patrimoine vivant, aussi appelé « patrimoine immatériel ». Celui-ci comprend des pratiques de tradition orale ou gestuelles transmises de génération en génération. La musique et la danse traditionnelles, le canot à glace, le chant de gorge inuit, la fabrication de raquettes en bois ou celle du fléché, pour ne nommer que ces disciplines, font partie de ce type de patrimoine, qui fait également l’objet d’une convention à l’UNESCO (2003) non signée par le Canada à ce jour.

Le ministère de la Culture et des Communications a annoncé récemment qu’il ne pourrait plus soutenir de projets en patrimoine pour 2014-2015, comme il le faisait avant l’entrée en vigueur de la Loi sur le patrimoine culturel. Il a également prévenu que le Volet 5 du Fonds du patrimoine culturel, créé en vertu de cette loi, ne serait pas ouvert cette année. Celui-ci avait permis des projets en patrimoine vivant pour plus de 400 000$ l’an dernier. La question que se posent les acteurs du milieu est celle-ci : mais où est donc passé le Fonds? La réponse : il a fait l’objet d’une ponction politique en catimini.

À l’occasion des 2e États généraux du patrimoine immatériel tenus à Québec du 20 au 23 mars 2014, le Conseil québécois du patrimoine vivant (CQPV) a lancé un rapport intitulé État des lieux du patrimoine immatériel : les traditions culturelles du Québec en chiffres. Pour la première fois, un document global contenant des données socioéconomiques précises sur les arts et les traditions orales est réalisé au Québec. Les constats sont pluriels, parfois inquiétants. On y apprend par exemple que les organismes diffusant, transmettant et faisant de la recherche sur des pratiques fondées sur la tradition comme le conte, l’artisanat, la chanson, la musique et la danse traditionnels, bénéficient d’un financement public largement en dessous de la moyenne des organismes culturels. Si la législation prend désormais en compte les traditions populaires, l’appareil gouvernemental et ses institutions, eux, les laissent tomber en bonne partie.

C’est le cas notamment de la musique traditionnelle (folklore), qui fait l’objet d’une étude détaillée dans le rapport. Pratiquement aucune école ou camp musical soutenu au fonctionnement par les ministères de la Culture ou de l’Éducation ne l’enseigne; aucun cours au Conservatoire ou à l’université non plus; relativement peu d’organismes en musique traditionnelle sont soutenus au fonctionnement pluriannuel par le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ); aucune émission de radio n’est dédiée à ce langage musical à Radio-Canada ou sur espace.mu; pas de spectacle de « trad québécois » dans les principaux festivals généralistes financés par l’État, etc. Les instrumentistes virtuoses, les enseignants, les associations ou les groupes de musique de tradition orale méritent pourtant une juste part des outils et des ressources publiques. Ils sont à l’heure actuelle passablement mal desservis par ces ressources en proportion de leur nombre, voire également en proportion de la demande du marché, à l’exception toutefois des bourses individuelles du CALQ, jugées, elles, par les pairs.

Stratégie collective

Le Québec se fait le champion de la diversité culturelle dans les arènes internationales. Il doit maintenant évaluer son propre soutien aux éléments phares de son héritage culturel. Ces pratiques, souvent uniques au monde, participent au premier chef à la diversité culturelle de la planète.

Afin d’impulser les améliorations administratives que requiert la notion de patrimoine immatériel, il y a désormais nécessité de se doter collectivement d’une stratégie de développement des pratiques traditionnelles au Québec. Le mécanisme ministériel de « désignation » d’éléments du patrimoine immatériel doit s’accompagner d’actions ciblées à effets durables sur les pratiques concernées, sans quoi il présentera toutes les caractéristiques d’un prix de consolation, voire d’une coquille vide. Forts de l’ouverture engendrée par la Loi sur le patrimoine culturel et forts des résultats des États généraux du patrimoine immatériel, nous invitons les pouvoirs publics à poser des gestes concrets pour le développement de ce secteur d’intervention. Des gestes qui tiennent compte des particularités de chaque groupe de disciplines.

Le secteur est dynamique. L’action des associations et des évènements en patrimoine vivant engendre des retombées sociales et économiques significatives sur le territoire. Le travail des artistes et des artisans constitue un ferment créatif important pour le Québec. Il est temps désormais d’ajuster l’intervention publique vers davantage d’équité et d’inclusion.

Texte paru dans Le devoir du 18 août 2014

Signataires: Antoine Gauthier (CQPV), Gilles Garand (Espace trad & FolQuébec), Nicolas Rochette (Regroupement du conte au Québec), Pierre Chartrand (Centre Mnémo), Yvon Noël (Musée québécois de culture populaire), Jean Desrochers (CRAPO), Gaétan Morrissette (SATRAP), Michel Riopel (FMTSB), Normand Legault (Arts et patrimoine), Luc Pelot (AACFL), Jimmy di Genova (Centre Marius-Barbeau), Samuel Téguel (Festival La Virée), Philippe Jetté (CPVL & Petits Pas Jacadiens), Cassandre Lambert-Pellerin (CVPV), Marc Bolduc (médiateur culturel), Martin Bouchard (SAHB), Jean-François Berthiaume (RéVeillons!), Alain Billette (Réseau Québec Folklore), Stéphanie Lépine (Violon trad Québec), Ganeviève Nadeau (Chants de Vielles).

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  • 29 Sep 2017 - 01 Oct 2017
    Journées de la culture – Pleins feux sur le patrimoine culturel
  • 06 Oct 2017 - 08 Oct 2017
    Festival La Virée

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